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jeudi 27 août 2015

Des alpages aux containers. Arrivée à Osh.

Yourtes et roulottes dans la descente du col Taldyk Après les 3 cols "40 ans du Kyrgyzstan" (3550m), Taldyk (3615m) et Chyrtchyk (2388m), il n'y a plus qu'une longue descente en pente douce pour arriver à Osh.

Entre Gultcha et le col Chyrtchyk. Route kyrgyze typique. On commence par rouler dans des alpages où les coins de bivouac *** ne manquent pas, mais il faut parfois les partager avec des yourtes, et donc courir le risque de boire le kymyz (lait de jument fermenté dans des outres en plein soleil). Les troupeaux de chevaux, vaches, moutons et chèvres ont remplacé les yaks. Puis viennent les villages agricoles, avec des arbres fruitiers (surtout pommiers et abricotiers). Enfin, un peu avant Osh, on roule entre 2 rangées de stands de fruits et légumes: tomates, concombres, melons, pastèques, abricots, pêches,...

Vallée de la rivière Gultcha Ces dernières journées de route sont jolies. La vallée de Gultcha est très colorée.

Camions de charbon dans la vallée de Gultcha La route est bonne, faut juste se réhabituer à la chaleur, et à ne pas rouler au milieu car il y a plus de circulation que dans le Pamir. Et retenir sa respiration quand on est doublés par des camions de charbon, pour ne pas avaler trop de poussière...

Chyrtchyk, dernier col du voyage.
Jeunes kyrgyzes portant fièrement leur ak kalpak Au sommet du dernier col, un chauffeur de marshroutka m'a offert 2 succulentes pêches blanches que j'ai avalées dès qu'il a eu le dos tourné, et un pain que j'ai à peine goûté car il m'en restait encore un sur les 2 que Baboy m'avait donnés au col Uy Buluq...

Beaux containers du bazar d'Osh A Osh, j'ai commencé par faire une sieste géante dans une des guesthouses recommandées par des cyclo-voyageurs croisés dans le Pamir, puis j'ai visité des restaurants, le parc, et le bazar.

Etonnant : le bazar est un énorme empilement de containers qui servent de boutiques. Je n'en avais encore jamais vu autant à la fois, sur 2 étages !

Bazar d'Osh, haut lieu de la récup de containers.

Instruments traditionnels kyrgyzes. Une allée du bazar concentre les containers de souvenirs et divers produits artisanaux typiquement kyrgyzes, en particulier des objets en feutre (couvre-chef, tapis, chaussons,...). On y trouve aussi des instruments de musique traditionnels, dont un instrument à percussion en bois qui imite le bruit des sabots de cheval.

Ordo Sakhna: "Эсиндеби", album Кыргыз элдик аспаптар

(cliquer sur l'annexe en bas de cet article si ça ne marche pas ici)

Avec l'aide de ma voisine de chambre Monica, une cycliste roumaine qui termine son voyage au Kyrgyzstan en marshroutka suite à la rupture de son porte-bagages, je récupère au bazar quelques cartons pour emballer mon vélo.

Voilà, j'ai encore un énorme stock de photos à trier et des souvenirs plein la tête. Comme vous avez pu voir dans l'épisode du 18 août, j'ai pris l'avion à Osh, et je suis maintenant rentrée à Grenoble. Mes grandes vacances sur la route de la soie sont terminées...

mercredi 26 août 2015

Petit palier de recompression

Vallée entre Kyzyl Art et Sary Tash Tampon de la police sur mon passeport faisant foi, je suis sortie du Tadjikistan le 8 août et entrée au Kyrgyzstan le 9 ! On peut bivouaquer entre les 2 postes frontière, distants d'une vingtaine de km, ou même loger chez Taalaybek, le cantonnier : il dispose d'une modeste maison de fonction juste à coté du premier poste de contrôle des passeports côté kyrgyze du col. Descente du Kyzyl Art sur Sary Tash. Fin de la piste, place à la route !
Touffes d'edelweiss dans les prés

(+) Asylbek Ozubekov : "Күкүк"

La descente vers la large vallée de Sary Tash (altitude 3100m) est très belle, et on a le plaisir de revoir et/ou de humer progressivement de l'herbe, des fleurs (plein d'edelweiss ! ) et des plantes aromatiques, des yourtes et des troupeaux, et des arbustes (des génévriers). Ca fait du bien. Alpages entre Sary Tash et Sary Mogol

Sary Tash. Au fond, le Pamir tadjik. Pour les arbres fruitiers (pommiers et abricotiers), il faudra attendre d'avoir passé un dernier col à 3600m entre Sary Tash et Gultcha. Mais au petit restau le long de la route à l'entrée de Sary Tash, j'ai pu dévorer du poulet rôti et une salade tomate-concombre.

Sary Mogol. Coucher de soleil sur le Pamir Alaï.

Sary Mogol, pic Lénine (7134m). Et c'était encore mieux au homestay Abdumalik à Sary Mogol, où je me suis reposée une journée complète : une soupe aux petits pois avant les macaronis, et de la confiture d'abricots au petit-déj ! Par contre, j'ai bien failli ne pas voir le pic Lénine (7134m) : le brouillard ne s'est dissipé qu'au moment où je repartais. Plateau entre Sary Tash et Sary Mogol. Pik Lenin.

Alpages près du col Taldyk Enfin, derniers cols, et j'en ai même eu 3 pour le prix de 2 : le "petit" col à 3550m avant le Taldyk (3615m) porte maintenant officiellement un nom, signalé par un beau panneau à la gloire des 40 ans (??) du Kyrgyzstan.

mardi 25 août 2015

Après moi le déluge

Maintenant que je suis sortie du Tadjikistan, je peux vous en dire un peu plus que ce que raconte le site officiel que vous avez très très bien fait de ne pas consulter : les "conseils aux voyageurs" du ministère des affaires étrangères semblent avoir pour principal but de vous inciter à rester cloîtrés en France pendant toutes vos vacances. C'en est une honte, à quel point ce site manque d'objectivité pour certains pays (en particulier l'Iran), et tarde tant à mettre en ligne des mises à jour quand un problème est réglé... Mais il y a quand même eu quelques perturbations dans le Badakhshan tadjik cet été.

Pont frontalier d'Ishkashim et site du marché tadjiko-afghan

Pont et poste-frontière fermé à Ishkashim. Comme la plupart des voyageurs, je serais bien allée faire une petite visite au marché transfrontalier tadjiko-afghan d'Ishkashim qui a habituellement lieu le samedi. Hélas lors de mon passage, un vendredi en début d'après-midi, le pont sur la rivière Pyandj était fermé et on m'a dit qu'il n'y aurait pas de marché.

J'ai appris un peu plus tard que cette fermeture faisait suite à un affrontement entre sunnites afghans et ismaëliens pamiris un précédent jour de marché il y a quelques semaines. Mais différentes explications ont circulé, difficile de savoir laquelle était la plus vraie... Ce qui est sûr, c'est qu'un petit groupe armé de talibans s'est installé à une cinquantaine de km à l'ouest de Khorog, au bord du lac Shiva.

Garde-frontière revenant de la cueillette d'abricots Patrouille de garde-frontière dans le corridor de Wakhan Un peu plus en amont dans la vallée, une patrouille de garde-frontières m'a offert des abricots (mes derniers fruits frais pour 3 semaines), mais le lendemain matin, constatant que j'avais bivouaqué dans un champ avec une belle vue sur la rive afghane, le chef m'a expliqué qu'il ne voulait pas que des touristes bivouaquent à portée de fusil de l'Afghanistan. Parfois les patrouilles délogent les cyclo-campeurs, mais il y a suffisamment peu de soldats par km de route pour qu'on puisse la plupart du temps bivouaquer tranquilles et sans risque (les Talibans ne sont encore jamais arrivés à s'installer dans le corridor de Wakhan).

Région frontalière désertique entre Langar et Kargush Quelques jours plus tard, peu après Langar, j'ai rencontré une autre patrouille de garde-frontière dont l'officier était fort embarrassé : un de ses soldats avait disparu, sans bagages mais avec arme. Ce jeune officier m'a demandé si j'avais des jumelles, il m'a emprunté mon monoculaire quelques instants, a scruté les environs, et me l'a rendu en m'expliquant, l'air résigné, que s'il ne retrouvait pas son soldat, il irait au trou. Le lendemain matin, ils ratissaient encore le secteur à la recherche du soldat disparu.

Cantonnier tadjik dans un camion tout-terrain Ensuite, j'aurais bien aimé revenir d'Alichur à Khorog en taxi collectif pour voir le festival international de folklore pamiri "Le toit du monde". Hélas, cet été le Gorno Badakhshan a été plus durement touché que les années "normales" par des inondations et glissements de terrain, car à la fonte des neiges et glaciers s'est ajoutée une quantité inhabituelle de pluie. La route M41 a été coupée en aval et en amont de Khorog : un pont cassé (mais assez rapidement réparé) près de Vanj, et un énorme glissement de terrain près de Barsem, qui a coupé non seulement la route mais aussi le cours de la rivière Gunt, provoquant la formation d'un petit lac à la stabilité incertaine... M41 à l'ouest d'Alichur : déviation, route coupée à 180 km

Convoi de ravitaillement contournant la coupure de la M41 via Kargush D'autres petites routes ou pistes transverses ont été coupées, et les passages de gué étaient parfois difficiles. J'ai rencontré des touristes tchèques dont le 4x4 est resté coincé une journée complète dans un gué au sud-est d'Alichur : ils ont marché jusqu'à la M41 pour demander le secours d'un camion.

Des dizaines de maisons ont été endommagées et évacuées. Le président tadjik est venu se montrer à Khorog en hélicoptère et a décrété l'état d'urgence dans le GBAO. Du coup, le festival 2015 a été annulé. En fouillant sur le net, je découvre qu'il a finalement été reporté d'un mois, donc a eu lieu peu après mon retour en France. C'est un moindre mal.

Route M41 au nord-est de Murgab après les orages de début août Enfin, d'autres orages dans l'est du Pamir ont provoqué des glissements de terrain près de Rangkul et une rupture de pont près de Murgab. Le festival de jeux équestres At Chabysh de Murgab a lui aussi été annulé cette année.

Dernières étapes au Tadjikistan

Après Karakul, il ne reste guère plus de 100 kilomètres à parcourir avant de quitter le Tadjikistan. En fait, on le quitte progressivement, puisque depuis Alichur, la population — très clairsemée — est majoritairement kyrgyze.

(+) Shantell : "Қош жылдыз"

Cimetière kyrgyze peu après Karakul

Rubarbe sauvage près du lac Karakul Plus que 2 cols au-dessus de 4000 m : Uy Buluq et Kyzyl Art. Je me déleste de mes derniers somonis tadjiks en les échangeant contre les derniers soms kyrgyzs de Gaël, un cyclo-voyageur français qui a travaillé 6 mois à Bishkek avant de reprendre la route en direction de Dushanbe, via le Pamir. Je fais une autre rencontre surprenante peu après : je revois le grand cyclo-voyageur genevois Claude Marthaler, alias le Yak, que j'avais rencontré à Khorog, mais cette fois il est en voiture ! Il retourne à Murgab avec un caméraman de la RTS pour faire un reportage sur le festival de jeux équestres qui devrait s'y dérouler dans 2 jours.

Lac Karakul vu depuis la montée au Uy Buluq Le premier col est presque facile, malgré un raidillon juste au nord du lac Karakul : il n'est qu'à 300 m plus haut que le lac, et la route est encore asphaltée. Presque, car dans mon sens de parcours, le vent dominant est de face et souffle bien fort... Le paysage commence à devenir vraiment très minéral, à l'exception d'un petit alpage assez vert juste au sommet du col Uy Buluq où je bivouaque sans le savoir à moins de 200 m d'un camion en panne.

Baboy et son camion en rade depuis 5 jours Le lendemain matin, dernière rencontre tadjike : Baboy, le chauffeur du camion en rade après le virage suivant, vient me proposer le thé. Il trouvait le temps long : il est là depuis 5 jours. Après la panne, quand il a constaté qu'il ne pouvait pas réparer, il a fait 4 km à pied car il savait qu'on captait de nouveau du réseau GSM un peu avant le lac Karakul, et depuis, il attend la livraison de pièces de rechange qui devraient arriver aujourd'hui par un autre camion. Baboy est un ex militaire en retraite. Il a servi en Afghanistan du temps où le Tadjikistan était soviétique, et continue à s'y rendre régulièrement pour livrer des marchandises en camion, car rester inactif chez lui l'ennuie. Quand je lui demande si ce n'est pas dangereux, il répond simplement "J'ai l'habitude". Il insiste pour m'offrir du pain (alors qu'il m'en reste), je le remercie en lui proposant une petite poignée de fruits secs, et il m'aide à pousser mon vélo dans le gué juste derrière le col.

Le tronçon de route entre Uy Buluq et Kyzyl Art est désertique et très dépaysant. Markansu, large vallée désertique de entre les cols Uy Buluq et Kyzyl Art De hautes montagnes aux roches colorées par divers minerais encadrent des fonds de vallées plats assez larges. Le vent (encore de face) soulève poussière, sable et sel, et génère des mini-tornades qui se déplacent de part et d'autre de la route, laquelle redevient piste au moment de monter au Kyzyl Art (4280m).

Zone désertique entre Uy Buluq et Kyzyl Art, district de Murgab

Kyzyl Art, 4282m. Dernières vues sur le Pamir tadjik Enfin, en fin d'après-midi, alors que je commençais à douter de pouvoir passer le Kyzyl Art avant la nuit, j'aperçois la ligne de crête de roche rouge qui annonce le col (kyzyl, en kyrgyze, c'est rouge) et j'arrive au poste frontière, puis à la frontière juste au col, 2 km plus haut. A la fois soulagée d'en finir avec la traversée des hauts plateaux du Pamir, et triste de quitter le Tadjikistan.

samedi 22 août 2015

Karakul, le lac noir turquoise

Traces de yourtes au pied du col Ak-Baïtal A partir de la descente du col Ak Baytal sur Karakul, j'ai enfin eu du beau temps ! Et les paysages étaient grandioses. Pic Muzköl (6129m) vu depuis la M41 peu avant Karakul A vrai dire, cette grandiositude est difficile à rendre en photo. De même que la rapidité avec laquelle les éclairages changent. Lac Karakul et lumières de fin d'après-midi

Photo à la con... Cycliste et tête de yak Cycliste en tenue anti-coup-de-soleil Faut bien que les cyclistes qui se fatiguent sur la M41 avec le vent de face, en bouffant des nouilles tous les jours, aient un petit avantage sur vous, qui regardez les photos depuis votre fauteuil...

Lac Karakul (3920m) Ak en kyrygze, ça veut dire blanc. Kara, c'est noir ; Karakul signifie "lac noir", mais souvent, il a une belle couleur turquoise. Karakul, lac et entrée du village

Karakul, centre-ville en début de matinée (+) Asankan Jumakmatov : "Кыргыз оймолору"

Karakul est aussi le nom du village perdu au bord de ce lac, à 3900 m d'altitude. On se demande ce qu'il fait là, car à part une source d'eau potable et un superbe paysage, il n'y a vraiment pas grand chose d'attractif. Le lac est trop salé pour contenir des poissons comestibles, aucun fruit ou légume ne pousse dans le secteur, et l'herbe est trop maigre pour nourrir les yaks qui sont en alpage "assez loin".

Douches du gîte Saadat à Karakul Saadat, Kyrgyze tadjik de Karakul. Mais il y a une caserne, et 3 maisons ou yourte d'hôte pour les touristes de passage, dont la chaleureuse maison de Saadat avec sa confortable douche (faut juste demander 1 h à l'avance pour qu'il fasse chauffer les bassines sur le poële carburant à la bouse de yak).

jeudi 20 août 2015

Le col le plus haut

Difficile de se motiver pour les dernières mises à jour quand on n'est plus en voyage. Mais bon, je ne vais pas vous priver des plus belles étapes du Pamir...

Pont devenu gué suite à des orages On en était donc à Murgab et son pont cassé. J'ai eu de la chance au passage du gué : j'allais commencer à me mettre à l'eau bien boueuse un peu en amont de l'effondrement, là où la rivière était plus large donc a priori moins profonde et/ou avec un courant moins fort.

Sauvée par un camion de cantonniers ! Et là, un camion tout-terrain kaki de l'ex Armée Rouge acheminant une équipe de cantonniers est arrivé, et m'a transportée jusqu'à la sortie de la zone inondée.

Shantell : "Өмүр"

Après, yavaipluka monter tout doucement jusqu'au col Ak Baytal, le plus haut du trajet (4655m).

Entre Murgab et Ak Baytal. Arc-en-ciel en fin d'averse.

On longe sur des dizaines de kilomètres une longue clôture barbelée qui délimitait la "zone neutre" entre ex URSS et Chine, elle est située à environ 15 km de la frontière proprement dite. Vallée de l'Ak Baytal et clôture URSS / Chine.

Bivouac à 4300m avec des Biélorusses entre Murgab et Ak Baytal J'ai bivouaqué avec 2 cyclistes biélorusses dans un emplacement de bivouac *** que j'avais repéré avec ma petite longue-vue avant de voir leur tente. Anatoliy et Anya prévoient de rouler de Bishkek jusqu'au Caucase en 3 mois, c'est un rythme nettement plus sportif que le mien !

Point culminant de mon parcours : col Ak Baïtal, 4655m

Ak Baytal 4655m : et de 3 (cols à + de 4000m)Le lendemain j'ai franchi les 5 derniers km à moins de 3 km/h de moyenne, sous une petite pluie fine et fraîche.

Et j'ai interrompu le long tronçon de tôle ondulée de la descente vers Karakul en installant le bivouac dès 15h30 dans un emplacement *** aussi, avec Wicka et Paul, 2 hollandais qui commencent un voyage de 6 mois dans le Pamir puis en Chine. Bivouac à 4300m avec des Hollandais entre Ak Baytal et Karakul

Entre Ak Baïtal et Karakul

mardi 18 août 2015

Le jour le plus long

Aujourd'hui j'ai une journée de 28 h. Osh.Aéroport à 02:30 heure locale Le policier qui surveillait l'embarquement a exigé que j'efface la photo de mon avion sur le tarmac : Аэрофлот ou Türk Hava Yolları ? En attendant l'épisode suivant je vous mets un peu de musique locale : je suis en train de prendre mon deuxième petit-déj à la terrasse d' une bonne patisserie - salon de thé au centre-ville pendant mon escale.

Burhan Öçal : "Bugu jazz"

dimanche 16 août 2015

Murgab, district des yaks

Route M41 , sortie Est d'Alichur

Ynak Osmonaliev : "Айлуу Кеч"

Le long de la route M41 à l'est d'Alichur

Sur la route M41 peu après Alichur J'aurais du mal à expliquer pourquoi, mais rouler à vélo sur les hauts plateaux de cet immense massif est assez planant. C'est un grand plaisir de glisser tranquillement sur les faux-plats (même s'ils sont parfois montants...), en regardant défiler les sommets en arrière-plan.

D'Alichur à Murgab, la route M41 est encore en bon état et il n'y a qu'un petit col peu pentu (un "+ de 4000" facile, super ! ). J'ai failli bivouaquer au col Naïzatash, c'était beau.

Col Naïzatash 4137m

Yourte-stay à Mamazaïr.Mais comme il était encore tôt, et que les nuages noirs du sud semblaient vouloir se rapprocher, j'ai continué jusqu'à Mamazaïr, où ma carte indiquait un petit village avec homestay. En guise de village il y a 3 maisons et une yourte. Mais on peut effectivement être hébergé au choix dans une des maisons ou dans la yourte. J'ai opté pour la yourte. La famille d'accueil m'a préparé un thé avec pain et yaourt de yak, puis un plov. Mamazaïr : 3 maisons et 1 yourte.

J'ai profité des beaux éclairages de fin d'après-midi et j'ai assisté à la traite des yaks. C'est un peu plus sportif qu'avec les vaches. Il faut amorcer la pompe en laissant le bébé yak téter un petit peu, puis lui ôter les pis de la bouche pour traire la mère, à qui on a préalablement entravé les pattes. Et un bébé yak, c'est moins docile qu'un veau et ça devient vite costaud... Traite des yaks à Mamazaïr

Ensuite, comme presque chaque nuit, il a plu. La yourte a un peu pris l'eau, mais pas du côté où mes hôtes avaient installé mon couchage. Après le petit-déj au shir tchaï, la maîtresse de yourte m'a massé le dos pour que je sente moins ma petite douleur dans l'épaule droite (le côté de la soudure du porte-bagages).

Gorges à l'ouest de MurgabLe lendemain je suis arrivée tranquillement à Murgab, je me suis posée dans l'hôtel qui avait des douches chaudes et un restau correct. Je me suis accordé 2 jours de pause, j'ai fait un peu de shopping au bazar (2 briquets, 3 carottes, un concombre, des boules de kurut pas trop dures...) en compagnie de Kay, une énergique cycliste japonaise qui traverse le Pamir en sens inverse du mien, et qui m'a appris qu'un pont venait de casser au nord-est de Murgab. Murgab Suite au prochain épisode. Yaks dans la vallée entre Ak Baytal et Karakul

Alichur, première petite ville kyrgyze

Après plus de 140 km de piste pénible entre Langar et Bulunkul, quel soulagement de retrouver un grand tronçon de M41 asphalté ! La route a un peu souffert du niveau inhabituellement élevé des eaux des torrents cet été, mais la signalisation routière s'est rapidement adaptée. M41 près d'Alichur. Signalisation tadjike typique Soulagement aussi de trouver un restaurant dès l'entrée d'Alichur, et un poste de soudure chez un voisin de Taygabek, le sympathique et accueillant berger kyrgyze propriétaire du homestay Marco Polo. Alichur en fin d'après-midi

Alichur. Préparation du poste de soudure pour ma fourche. Le poste de soudure à l'arc était alimenté par un groupe électrogène qui fumait bien noir, et le gars soudait sans lunettes... Mais bon, ça marchait pour l'acier, j'ai pu faire ressouder l'œillet de fixation du porte-bagages avant droit. Il était temps : pour éviter que ça craque en route, j'ai fait les 50 derniers km avant Alichur avec la sacoche avant droite sanglée sur le porte-bagage arrière et le sac à dos de la tente sur mes épaules. Conduire un vélo ainsi déséquilibré sur une piste qui secoue, c'est très inconfortable, j'ai chopé une tendinite dans l'épaule droite...

NDLR après retour en France : en fait ce n'était pas qu'une tendinite. J'ai dû malmener un peu le disque entre les vertèbres C6 et C7.

Alichur, gîte Marco Polo. Banya, côté machinerie Alichur, gîte Marco Polo. Banya, côté douche. Pendant ma journée de repos avec cure d'ibuprofène, j'ai pu profiter du banya du homestay Marco Polo, dont plusieurs cyclistes croisés en chemin m'avaient parlé. C'est très rustique, mais parfaitement fonctionnel !

Pour terminer, Alichur n'est pas vraiment une ville. Mais un village où il y a plusieurs minuscules magasins, 2 ou 3 homestays et un hôtel-restaurant, après quelques jours dans le désert d'altitude, c'est presque l'opulence... Bébé yak au parking à Alichur

samedi 15 août 2015

Bulunkul, douche froide et bain chaud

Voilà, j'ai terminé ma traversée des "hauts plateaux" semi-désertiques du Pamir. C'était assez désolé, dépaysant et impressionnant, mais pas franchement plat... Je m'accorde une pause à Osh, dernière étape de ce voyage. Et dernières (?) mises à jour.

Après le col de Khargush on rejoint la route M41 par une piste qui nous donne une belle occasion de méditer longuement sur l'efficacité des phénomènes de résonance responsables de la formation de la "tôle ondulée", puis du fait qu'à vélo, on ne peut pas descendre sur cette fichue "tôle ondulée à plus de 8 ou 9 km/h...

Entre M41 et BulunkulIl n'y a quasiment pas d'alpages sur ce versant. Juste quelques petits lacs salés au bord desquels ça sent la saumure.

Comme j'avais le temps de faire le détour, je suis allée au petit village de Bulunkul pour voir le lac du même nom et le lac voisin Yashilkul. Petit paturage au bord du lac Bulunkul Le village de Bulunkul est habité toute l'année mais il n'y a ni fruits et légumes qui y poussent, ni électricité secteur, ni antenne-relais de téléphone. Bulunkul, centre-ville
Et bien sûr pas d'eau courante dans les maisons, on la tire au puits. Bulunkul, centre-ville au coucher du soleil avant un orage

Enfants de Bulunkul

(+) Muboraksho Mirzoshoev : "Сабза ба ноз меояд"

Pendant l'heure où il n'a pas plu, le lendemain, j'ai pris des photos des gamins du village (mais pas avec le smartphone, trop lent au déclenchement pour ce type de photos). Curieusement, ce village qui subsiste chichement de l'élevage est encore peuplé de Pamiris tadjiks (ils parlent shughnani, le dialecte de la vallée de Khorog), alors que les villages suivants sont tous majoritairement peuplés de Kyrgyzes.

Le minuscule magasin du village n'a pas grand-chose en rayon, les habitants achètent farine, patates et oignons par sacs de 10 kilos à Alichur, à 40 km, dont 16 km de piste en mauvais état (boue ou tôle ondulée).

Mon refuge pendant les averses à Bulunkul Mais une des familles fait gîte dans une grande maison où 2 pièces sont réservées aux rares clients. Ça tombait rudement bien : j'ai pu passer tranquillement à l'abri une journée complète de pluie fraîche (Bulunkul est à environ 3800m), et la soupe était bonne, avec quelques morceaux de carottes et pois chiches. Recharge d'une batterie d'APN avant l'extinction des feux

J'ai même pu recharger une batterie d'appareil-photo pendant la tranche horaire où mes hôtes faisaient tourner le groupe électrogène (19h30-21h). Mais ça demande un peu de doigté...

Et enfin, il y avait une chouette salle de bains à 6 km : une source chaude avec vue sur le Yashilkul. Le thermostat n'est pas réglable mais en bouchant le trou de la baignoire avec un pied ou une fesse, on peut prendre un bain à une température très agréable. Manque juste une porte pour protéger du vent quand on sort de l'eau... Yashilkul et bicoque-salle-de-bains
Bain chaud au-dessus du Yashilkul

dimanche 2 août 2015

Montée vers les hauts plateaux

Montée au-dessus de Langar : jonction Wakhan - Pamir

Bartang : "Az zu khebo"

Piste Langar - Khargush. Bain de pieds pour deux-roues.

En amont de Langar, on ne suit plus la rivière Pyandj mais une des rivières qui la forment, Pamir, et on abandonne l'autre, Wakhan. Ça commence par grimper sec jusqu'à un balcon avec vue sur l'Afghanistan et sur les nuages gris quotidiens.

Puis on finit par s'en écarter pour une 2ème bonne grimpette en direction du col de Khargush (4344m, c'est "mon premier 4000" à vélo). Montée de Khargush au col. La piste s'écarte de la rivière Pamir et du Petit Pamir afghan.

La redescente vers la route M41 est assez aride. Petit lac salé juste avant le col de Khargush

Pendant environ 130 km, les seules habitations sont 2 bâtiments de garde-frontière et quelques bicoques délabrées parfois utilisées en été comme abris par des bergers et leur troupeau (ça fleure bon le crottin).

Zora et sa petite sœur. Pour la photo, Zora a tenu à poser avec un cahier d'école. C'est ainsi qu'au réveil lors de mon dernier bivouac avant le col, à 4200m, j'ai eu la visite de Zora (15 ans) et sa petite sœur, 2 écolières promues gardiennes de troupeau pendant les vacances scolaires. Zora a tenu à porter ostensiblement son cahier d'école pour la photo.

Une gâterie : salade de tomate (au singulier) Conformément à la loi de Murphy, c'est ce tronçon quasi désert qu'ont choisi mes 3 briquets à 3 sous (je n'ai pas trouvé mieux après avoir perdu mon super briquet-torche en Iran) pour tomber en panne coup sur coup. Par chance, un couple de voyageurs hollandais en 4x4 m'avait donné une tomate, un concombre et une orange, un garde-frontière m'avait offert un pain au dernier poste de contrôle, et j'avais quelques consommables comestibles sans cuisson.

Damned, la fourche a commencé à se fissurer Et c'est aussi dans ce tronçon que j'ai remarqué la petite fissure qui s'agrandissait au niveau d'un œillet de fixation du porte-bagages avant. Sans doute un effet secondaire de la vis perdue dans une précédente descente qui secouait bien aussi.

Cairn juste avant le col de Khargush. Dernière vue sur le Pamir afghan.

Pyandj, rive afghane

Page publiée bien après mon retour en France, mais je l'insère dans la séquence chronologique pour ne pas semer la confusion.

(+) Homayoun Angar : "Majnun"

Je n'ai pris aucun risque : j'ai juste tourné la bague de mon joujou de luxe (un bridge Leica avec zoom DC Vario Elmarit), et profité du stabilisateur optique qui permet de shooter sans pied aux longues focales. En effet, si le Badakhshan afghan est jusqu'à présent resté à peu près préservé des guerres et des extrémistes talibans qui ravagent l'Afghanistan depuis plus de 30 ans, une mouvance "dissidente" de talibans commence à s'y infiltrer et la culture du pavot refait son apparition (ces 2 fléaux sont corrélés, le trafic de drogue sert à financer l'achat d'armement). Et comme cette région est peuplée très majoritairement de chiites ismaïlis, elle est délaissée par le pouvoir central, si tant est qu'on puisse encore parler de pouvoir central en Afghanistan.

Premier aperçu de l'Afghanistan, face à Qala i Khum

Le premier village afghan en face de ma route était juste en face de Qala i Khum, c'était un village assez important, avec une école, et des écolières en uniforme Ecolières afghanes dans le gros village en face de Qala i Khum

La piste était dans ce secteur en assez bon état, mais malgré cela, très peu de voitures et camions y passaient, on voyait juste des motos avec plusieurs passagers Quasiment pas de véhicules sur la rive afghane, à part quelques motos ou passagère Une burqa à moto sur la rive d'en face, en amont de Qala i Khum

Entre Qala i Khum et Khorog, rive afghane. La piste se réduit parfois à un étroit chemin à flanc de rochers. Plus loin en amont, la rivière Pyandj était plus étroite, le chemin afghan aussi... Par endroits, la vallée se resserrait et on était tout près des bergers Wakhis afghans. C'est d'ailleurs impressionnant de voir comment la rivière Pyandj pouvait être aussi bien une large étendue d'eau aussi calme qu'un lac, ou un gros torrent en furie, et repasser d'un état à l'autre 2 ou 3 fois le long de son cours. Corridor de Wakhan, rive afghane

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