13 juil. 2015

Marx, Engels, Sorban et Valer

Pic Karl Marx, 6723m, vu du haut de la vallée de la Shoqdara Pic Friedrich Engels, 6507m, vu du haut de la vallée de la Shoqdara Je voulais passer quelques jours dans une vallée hors des axes de transit (bien que la circulation sur la route M41 ne soit pas très dense) et jeter un coup dœil aux pics Karl Marx (6723m) et Friedrich Engels (6507m).

De droite à gauche : Karl Marx et Friedrich Engels, la tête dans les nuages

Badakhshan ensemble : "Сабзак", album Pamir mountains

Pour ne pas trop me fatiguer avant les cols à + de 4000m qui sont sur ma route prochainement, et pour éviter de faire 2 fois le même tronçon à vélo, j'ai pris un taxi sur les 70 premiers kilomètres, jusqu'à Roshtqala.

Vallée de la Shoqdara un peu au-dessus de Roshtqaka

Une maison de Virang Restait 60 km de montée jusqu'au petit village de Djavchanguz (environ 3300m).

Les vallées du Pamir sont longues, et souvent encaissées au début. La piste suit de près les accidents du relief, donc on a pas mal de petites remontées dans la descente (je me demande même s'il n'y en a pas plus que de petites descentes dans la montée).

Vallée de la Shoqdara entre Nimos et Zarbut

La remontée de la Shoqdara est variée, avec une végétation souvent assez verte en fond de vallée,

Des prés à la sortie amont de Soshvubad

quelques hameaux, des montagnes plus arides,

Petit hameau tranquille : quelques maisons et un minuscule magasin.

et de temps en temps une vue sur des sommets à plus de 5000 ou 6000m.

Quelques jolis pics à environ 5000m et la rivière Shoqdara au niveau de Djavchanguz

J'ai subi en route une nouvelle attaque d'affreuses petites mouches qui piquent, elles se massent près des points d'eau.

Shoqdara, plateau de Djavchanguz, pic Karl Marx

Je suis arrivée tout doucement dans le haut de la vallée, moins encaissé, et avec vue sur les 2 pics voisins Marx et Engels.

Vue sur la vallée de la Shoqdara depuis un promontoire en aval de Djavchanguz. Au fond, Marx & Engels.

En arrivant à Djavchanguz, j'ai vu un panneau "homestay" mais pas de gîte correspondant à proximité immédiate. Quand j'ai demandé à la première maison suivante où était la mehmonkhona, Sorban m'a répondu "mais pourquoi, pas besoin, ici est notre maison".

Le grand-père et la fille de Sorban, à Djavchanguz

J'ai donc été hébergée dans une petite ferme d'altitude (pas de jardins, seulement des alpages), j'ai mangé des pâtes aux patates et au beurre, j'ai eu la pièce principale comme chambre pendant que la famille dormait à la cuisine, et le lendemain matin, thé au lait et pain maison.

En-dessous de 2500 à 3000m d'altitude, les villageois peuvent cultiver fruits, légumes et céréales.

Le lendemain soir au retour, dans le hameau de Vezdara, nettement plus bas dans la vallée, scénario similaire. Ne voyant pas à quelle maison pouvait mener le petit panneau bleu "homestay", je questionne un piéton de passage, et Valer m'invite chez lui.

Nila dans la pièce principale de sa maison traditionnelle

Petit déj' avec Valer : shir tchoy et pain maison Par rapport à la veille, c'était du luxe : sa femme Nila m'a préparé une bassine d'eau tiède pour que je me décrasse, on a mangé un bon plat de riz aux carottes du jardin, j'ai aussi eu la pièce principale comme chambre, et le shir tchoy (thé au lait salé) + pain maison au petit déj était délicieux.

Et puis Valer parlait nettement mieux russe que Sorban, c'etait plus intéressant. Il me semble que les jeunes Pamiris connaissent souvent un petit peu d'anglais et de russe, mais à un niveau vraiment débutant, alors que ceux qui ont été scolarisés pendant l'ère soviétique parlent souvent russe beaucoup mieux que moi (bien qu'ils ne semblent pas très à cheval sur les déclinaisons...)

Autobus HS reconverti en magasin avec congélateur pour crèmes glacées ! A noter : on peut facilement être hébergé chez l'habitant, mais pas forcément gratuitement. Les Pamiris sont hospitaliers, mais surtout en altitude où il n'est plus possible de compter sur les produits du jardin, ils vivent dans un tel dénuement qu'ils demandent parfois aux touristes de régler l'équivalent d'une nuit ou d'une demi-pension en gîte ou hôtel (une dizaine d'€).

8 juil. 2015

L'autre Badakhshan

Zoom sur la rive afghane en sortie de Qala i Khum

La "route" M41 remonte la rivière Pyandj sur plus de 500 km, dont ce tronçon de 240 km entre Qala i Khum (point d'entrée dans le GBAO) et Khorog (chef-lieu du GBAO). Pendant ce trajet, les touristes qui vont dans le Pamir ont souvent le regard scotché sur la rive d'en face : c'est le Badakhshan afghan.

Farhad Darya : "Salaam Afghanistan"

Bien qu'il soit majoritairement peuplé de Badakhshanis parlant la même langue que ceux du Badakhshan tadjik (GBAO), c'est un autre monde.

En zoomant (pas possible avec le smartphone, vous attendrez les autres photos...), on peut y voir des hommes en longue tunique, pantalon assorti et gilet sans manche, et des femmes nettement plus couvertes que sur la rive tadjike, souvent en rouge plus ou moins sombre.

Vue plongeante sur un village afghan

Les maisons sont construites avec les matériaux locaux, les travaux agricoles se font sans machines. Les lignes électriques n'atteignent pas tous les villages. Quasiment aucun trafic motorisé autres que des motocyclettes portant 1 ou 2 passagers en plus du conducteur. Les gens marchent du village aux champs ou aux alpages, ou entre villages. Mais ils peuvent voir les camions chinois défiler sur la route tadjike juste en face.

En face de la M41, la piste afghane se réduit à un chemin.

La piste afghane est parfois réduite à un étroit chemin taillé dans des parois rocheuses. Dans un des hameaux tadjiks où nous avons fait halte, Nauruz, un lycéen qui parle bien anglais et rêve de pouvoir un jour étudier à Moscou où son frère aîné travaille, nous a confirmé qu'une partie des villages afghans sont isolés pendant plus de 6 mois par an à cause des avalanches.

Vergers et champs cultivés d'u village afghan typique

Pendant les mois d'été où le chemin est praticable, les enfants peuvent aller à l'école. Cette période correspondant à peu près à celles des vacances scolaires au Tadjikistan, leurs instituteurs sont souvent des enseignants tadjiks qui traversent en canot (il n'y a que 4 ponts sur la rivière Pyandj en 400 km).

Seulement 3 ponts en 300 km, avec garde militaire sur chaque rive...

Enfin, il paraît que la rareté des ponts et les patrouilles de garde-frontière n'empêchent pas les trafiquants d'acheminer l'héroïne d'Afghanistan vers la Russie et le reste de l'Europe, à travers la rivière Pyandj puis via le Tadjikistan. C'est d'ailleurs une source de revenus non négligeable pour une partie des Tadjiks, et probablement ce qui explique la présence dans des hameaux reculés de quelques 4x4 rutilants de marque allemande ou japonaise...

7 juil. 2015

Gorno Badakhshan. Vallée du Pyanj.

Comme son nom l'indique, la région du Gorno Badakhshan (appellation russe), ou Kuhistoni Badakhshan en tadjik, est montagneuse.

Descente versant sud du col Khaburabod

Saïdmuso : "Бадахшон шамоли майда дора"

M41 entre le col Khaburabot et Qala i Khum

On rentre officiellement dans cette "région autonome" du GBAO une petite dizaine de kilomètres avant Qala i Khum quand on descend du col Khaburabot.

Route M41 dans la descente du col Khaburabod sur Qala i Khum

Descente qui nous fait apprécier d'avoir franchi ce col dans le sens nord-sud : en face sud, la "route" n'est pas pire mais elle est encaissée tout le long. Ca doit être une fournaise aux heures chaudes, et difficile de trouver des coins de bivouac pour se reposer en chemin.

Qala i Khum

En face, premier petit village après le poste de contrôle d'entrée du GBAO Au poste de contrôle d'entrée du GBAO, comme aux précédents sur la route, un militaire recopie dans un cahier les indications figurant sur notre passeport et notre visa tadjik. Pas d'ordinateur, tout juste une ampoule qui pendouille au bout de son fil électrique. Une petite pile de copies de passeports traîne sur le bureau.

Qala i Khum. A la fenêtre de l'école.

Rue principale de Qala i Khum et route M41 Avec Hugo et Begonia, j'arrive en milieu d'après-midi à Qala i Khum. C'est un gros village, pas vraiment une ville, mais curieusement on y trouve un supermarché bien achalandé y compris en produits importés, et une belle terrasse de restaurant en encorbellement sur la rivière qu'on vient de longer.

Pendant qu'on avale notre plat de plov, on observe la vie au "centre-ville". Les visages sont rarement typés "Asie centrale", on voit des yeux clairs et des cheveux châtains.

Ravito le long de la M41, dans un village entre Rushan et Khorog

Par rapport aux vallées de Vakhsh et Rasht, il y a plus de femmes dans les rues, elles ne portent pas systématiquement de foulard sur la tête, et on en voit même plusieurs qui viennent se restaurer en terrasse à la même oshkhona que nous, en plein mois de Ramadan.

Remontée de la rivière Pyandj

Les Pamiris sont majoritairement des chiites ismaïlis, leur conception et pratique de l'Islam sont souples et relativement progressistes. Les tenues des jeunes filles sont variées, les jeans, bermudas ou jupes droites cohabitent avec les tenues traditionnelles bigarrées (robe à manches courtes qui descend jusqu'aux genoux, et pantalon léger assorti).

Pyanj dans le district de Rushan. Tronçon plus large et calme

Après une nuit dans un gîte bien tenu, nous entamons la remontée de la rivière Pyandj.

Vallée de Bartang vue du pont près de Rushan. Sommets à + de 5300m.

Une nouvelle "tourista" me ralentit, du coup Suzette, ma cothurne de Boukhara, me rattrape et nous roulons quelques jours ensemble.

Montagnes afghanes au petit matin. Le soleil n'est pas encore levé sur la rive tadjike

Elle a réussi à me faire prendre un rythme adapté au climat : départ à l'aube vers 5h-5h30, longue pause pendant les heures chaudes à la mi-journée, et un petit tronçon en fin d'après-midi pour trouver où dormir.

Débouché de la vallée de Vandj sur le Pyandj.

Ça peut aller du bivouac de rêve avec herbe tendre et belle vue sur l'Afghanistan (mais oui!), à la nuit infernale en bord de route sur la terrasse d'une tchaïkhana sans électricité et infestée de moustiques.

Bivouac **** dans la vallée du Pyanj. En face, l'Afghanistan

30 juin 2015

Remontée des vallées de Vakhsh et Rasht

Les transmissions internet via ma carte SIM tadjike sont un peu poussives dans les montagnes, je vous ferai une mise a jour digne de ce nom prochainement, peut-être. J'ai enfin fini la longue montée vers le col Khaburabot (3253m), parfois confondu avec le col voisin de Sagirdasht sur certaines cartes. La "route" était bien pourrie mais bien belle.

Col Khaburabot 3253 m

Manizha Davlatova: "Ватан"

Mise à jour du 6 juillet : aaah, ça y est. Je suis à Khorog, chef-lieu de la région du Badakhshan. Et y a du wifi avec une bande passante décente dans le gîte où je vais prendre 1 ou 2 jours de repos. Livraison de photos !

J'ai démarré lentement, après une douche à l'eau de source chaude à Obi Garm et une averse pendant laquelle je suis restée dans ma petite chambre d'hôtel pas chère (sans WC, fallait aller à ceux des "bania" en face, fermés de 22h à 7h).

Vallée de Rasht près de Tavildara

Après le site de construction du barrage de Roghun et une mine à ciel ouvert, la vallée de Vakhsh s'élargit un peu et le paysage est varié.

Vallée de Vakhsh entre Obi Garm et Nurobod

Entre les formations rocheuses, elle est verdoyante et très agricole. Les torrents creusent des sillons qui se ravinent rapidement, en emportant au passage des portions de route, sommairement refaites au bulldozer après chaque chute de pierres ou coulée de boue.

Vallée de Vakhsh entre Obi Garm et Nurobod

M41. Premier gué d'une longue série Les traversées de ruisseaux ou torrents se font plus souvent à gué que par des ponts. Je chausse régulièrement mes sandales Vibram pour pouvoir pousser le vélo sur les galets ou dans la boue des gués (une bonne douzaine de gués en 100 km). Comme ça le soir, quand il commence à faire frais, j'ai des chaussures fermées sèches. Bref, "route" pourrie et difficile, mais il y a tellement peu de trafic que c'est agréable.

Gué + torrent qui emprunte la route sur quelques dizaines de m.

Pas grand chose de très appétissant dans les minuscules magozan des villages le long de la "route", et les quelques oshkhonas étaient souvent fermées (à cause du ramadan, ou abandonnées)

Arrivée à Tavildara. Bientôt la M41 va quitter la vallée pour monter vers le col Khaburabod

mais j'ai jusqu'à présent mangé 2 fruits ou légumes par jour : concombre et tomate, ou carotte et abricot, ou pomme et mûres glanées sur un arbre...

Au dessert, des mûres ! Bivouac au pied d'un grand mûrier entre Childara et Tavildara

Ici ce sont des mûres blanches, un peu moins parfumées que celle des buissons des Alpes, mais ça se laisse bien manger.

Juste avant Lab i Jar. La route M41 quitte la Vakhsh

J'ai même mangé une fois de la pastèque, chez Ganjila et ses beaux-parents. Je m'étais réfugiée sous un griottier pendant une averse, j'ai vu arriver Olivier, un cyclo-voyageur grenoblois qui devrait bientôt terminer son tour du monde sans transports motorisés, en 7 ans. Et comme à la fin de l'averse il faisait presque nuit, on a fait mine de chercher où on pourrait planter nos tentes dans le village. On s'est retrouvés invités chez les propriétaires du griottier.

vallée de Rasht, village en amont de Tavildara. Ganjila

Ganjila est une belle jeune femme aux yeux verts. Elle a 22 ans et aurait aimé devenir infirmière, mais elle vit, comme le veut la tradition (les vallées de Vakhsh et Rasht ont la réputation d'être très conservatrices), chez ses beaux-parents. Son mari travaille dans le bâtiment en Russie, et elle passe ses longues journées à s'occuper de sa fille, du jardin, des vaches, de la maison, et de ses beaux-parents. Son beau-frère l'aide mais dans 1 mois, il partira travailler en Russie. L'argent que les émigrés tadjiks envoient au pays représente environ 40% du PIB du Tadjikistan...

Vue sur la vallée de Tavildara depuis les alpages entre Saferodon et le col Khaburabod

Que dire d'autre de cette longue montée ? A midi la veille du passage du col, j'ai été invitée à prendre un thé, accompagné de pain frais et yaourt maison, dans une ferme où toute la famille jeûnait pendant le ramadan (les voyageurs, même musulmans pratiquants, ne sont pas tenus de jeûner). Mes mollets ont été dévorés par d'affreuses petites mouches qui piquent.

Bicoques abandonnées dans les alpages.

Et au col, où j'ai été rejointe par Hugo et Begonia, 2 cyclistes basques espagnols, nous avons croisé des 4×4 blancs d'une ONG humanitaire norvégienne et des équipes de démineurs au travail. Le Kosovar qui encadrait les démineurs tadjiks nous a demandé de ne pas publier les photos que je m'étais empressée de prendre. Ces mines sont des restes de la guerre civile qui a ravagé le Tadjikistan au début des années 90, après l'éclatement de l'URSS.

Bivouac à 3000 m, versant nord du  col Khaburabot

Mise à jour, décembre 2016 :

Le Kosovar démineur-en-chef ne voulait pas que je publie les photos de son équipe au travail. Pourtant, le fait que ce secteur était miné est connu depuis belle-lurette : c'était une ligne de front dans les années 90. Le fait que le Tadjikistan a eu besoin d'aide internationale pour déminer, et que ces opérations prennent du temps, ce n'est pas un scoop non plus.

Déminage en cours : chapeau mesdames ! Mais ce jour-là, j'avais remarqué un détail inhabituel : alors qu'on venait de remonter une vallée très "conservatrice" (de petits groupes armés islamistes y étaient actifs pendant la guerre civile), l'équipe de démineurs tadjiks à l'œuvre au-dessus du col, c'était des femmes. Et comme je vois (bien après mon retour) que l'ONG norvégienne a fait de la pub pour ce fait, pas de raison de le cacher. Au contraire ! Elles ont été formées en 2014, et avant de partir en mission sur le terrain, elles avaient reçu, à l'occasion de la Journée internationale de la femme le 8 mars 2015, les félicitations du président du Tadjikistan.

24 juin 2015

Dushanbe, deuxième départ

J'ai profité de la maison de Véronique et de la compagnie des nombreux cyclo-voyageurs qu'elle héberge pour "recharger mes batteries".

Muboraksho Mirzoshoev : "Эй модак лай лай"

Dushanbe. Chez Véro

Véronique a vécu dans des endroits encore moins touristiques et confortables que le Tadjikistan (Bosnie pendant la guerre des Balkans, Mauritanie, Rwanda, Bangladesh...), et contribue à rendre meilleur ce monde pas toujours tendre. Elle accueille simplement et généreusement des voyageurs de tous horizons. Les discussions autour de la table de la terrasse sont agréables et passionnantes.

L'immeuble le plus haut de Dushanbe

J'ai aussi traîné un petit peu en ville. Je repars en taxi jusqu'à Obi Garm demain, j'y prendrai peut-être le bain chaud qui nous faisait tant envie il y a 3 jours, et après, la route pour monter au col Khaburabod deviendra une piste caillouteuse et poussiéreuse. "Тoҷикистoн так"

Dushanbe. Zelyonyi bazar.

Pendant ce temps, à Istanbul, l'opération pour réparer l'épaule et la main droite de Susanne s'est bien passée (4h d'anesthésie, c'était une sacrée gamelle finalement...). 2ème étape du rapatriement prochainement.

NDLR : en fait, l'opération s'est bien passée pour la main mais la plaque sur la clavicule a été mal posée. Opération de nouveau en novembre à Grenoble...

22 juin 2015

La plus mauvaise journée du voyage ?

M41. Qala i Nav

Ça commençait pourtant bien : une bonne nuit dans une petite oshkhona (littéralement, maison où on mange la soupe) dont la propriétaire nous a gentiment hébergées, du soleil, l'air lavé par l'orage de la veille, presque pas de vent, un beau paysage, une bonne route.

Petit col juste avant Obigarm

Bonne, mais traître. Dans la descente sur la petite station thermale d' Obi Garm, un méchant nid de poule isolé a fait chûter Susanne. Une brève visite à l'hôpital local nous montre à quel point le système de santé est démuni au Tadjikistan : dans cette bourgade d'environ 8000 habitants à 100 km de Dushanbe, il n'y a même pas de quoi passer une radio. L'ambulance est un simple microbus avec une civière artisanale posée par terre à l'arrière. Nous prenons donc un taxi pour Dushanbe.

Début de la fin. Taxi Obi Garm - Dushanbe.

La radio, faite au moyen d'un appareil d'occasion avec plaques photo à l'ancienne, ne laisse hélas aucun espoir d'amélioration rapide : fracture de la clavicule avec un déplacement de près de 2 cm. Nous changeons d'hôpital pour prendre l'avis du médecin de garde à l'hôpital privé iranien de Dushanbe, établissement recommandé sans hésitation par Véronique, une Française qui travaille au Tadjikistan depuis 2012 dans le cadre d'une coopération avec l'Union Européenne.

Dushanbe, Rudaki Prospekt. De nombreux bâtiments officiels bordent cette avenue

Le médecin de garde est un jeune cardiologue, il décrit la radio de l'épaule par téléphone au collègue traumatologue en congé. Le traumatologue propose de revenir demain pour opérer. En attendant, le médecin de garde n'a qu'une injection d'antalgique, même pas de quoi poser une attèle provisoire. Nous sommes pourtant dans le meilleur hôpital civil de la capitale...

Dushanbe, avenue Rudaki. Fosse accessible à vélo... Alors on sort le joker : Susanne appelle IMA - MAIF Assistance. Après quelques échanges téléphoniques, la suite du programme est prête : rapatriement par le premier avion pour Istanbul cette nuit. On va se reposer un peu, emballer le vélo et réorganiser le contenu des sacoches chez Véronique. À 3 h du matin, le taxi pour l'aéroport nous embarque. J'aide Susanne jusqu'à l'enregistrement de ses bagages, et je retourne chez Véronique. J'aurai le temps sur la route de réfléchir à des variantes d'itinéraire moins "engagées", pour cycliste seul dans les hautes vallées du Pamir. La vallée de Bartang, ça ne sera pas pour cette fois.

20 juin 2015

Nos débuts sur la route M41

Dans la nomenclature des routes de l'ex URSS, les routes en "M" sont les "magistrales", l'équivalent de nos RN à l'échelle d'un continent.

Station service amovible à la sortie de Dushanbe

Nigina Amonkulova & Shakhromi Abubakr : "Ох аз ман"

La M41 est la Parmirsky Trakt, la route du Pamir. Elle est presque entièrement tadjike, mais va de Mazar e Sharif (Afghanistan) et du sud-est de l'Ouzbékistan à Osh (Kyrgyzstan), d'où est prévu notre vol retour en août.

M41 entre Dushanbe et Vahdat

On a mis un peu de temps à démarrer de Dushanbe, il faisait déjà chaud.



Pause dans une tchaïkhana avec tapchan le long de la M41

Pendant notre pause déjeuner-sieste sur le taptchan ombragé d'un minuscule restau, Niko nous a rattrapées et a lui aussi fait une pause.

M41 entre Vahdat et Fayzobod

Après une vingtaine de km, la M41 se déleste du plus gros de son trafic qui part plus au sud, et le paysage devient joli.

Vent de face entre Vakhdat et Fayzobod

Notre premier bivouac près de Fayzobad a été perturbé par un vent à décorner les guidons de VTT. On était bien dans notre tente, mais la toile était bruyante...

Près de Fayzobod. Tapchan des champs, pour la pause méridienne des agriculteurs.

Le lendemain, ce vent a continué à souffler jusqu'à un petit orage en fin d'après-midi. Et bien sûr, c'était du vent de face. Résultat : alors que la route était bonne et le dénivelé faible, on a dû faire du 6 km/h de moyenne, en appuyant bien sur les pédales...

M41 entre Qala i Nav et Obi Garm

19 juin 2015

Dushanbe

Dushanbe, capitale du Tadjikistan, donne plutôt l'impression d'une ville de province, pas très belle mais assez agréable avec ses arbres et ses avenues très ombragées.

Avenue Rudaki, principale artère nord-sud de Dushanbe

L'entrée nord, où se trouve la gare routière des taxis pour Khudjand et la vallee de Zeravshan, est tout près de la grande cimenterie et de sa collection de fresques en carrelage.

Entrée nord de Dushanbe. Fresques de la Sement Zavod.

Rustan Isoev : "Повсюду со мной ты Душанбе"

Dushanbe. Centre-ville, avenue Rudaki.

Les vacances scolaires ont déja commencé en Ouzbékistan mais ici pas encore : on ne voit pas encore de jeunes se baigner dans les fontaines de la ville, comme pendant l'été 2012.

Dushanbe, une allée du parc Rudaki

Le ramadam va commencer mais ça ne devrait pas poser de problème, seulement une partie des tchaïkhanas ou restaurants seront fermés à midi.

Zelyoniy bazar, un petit marché aux fruits & légumes

Au petit hôtel Greenhouse conseillé par un Australien croisé à Samarqand, je retrouve par hasard Alexia et Daniel, et Jeff et Xavière. Je fais la connaissance de Niko, un Autrichien qui voyage avec un prototype de vélo équipé Pinion + courroie.

Susanne me rejoint, et doit attendre 2 jours que l'OVIR veuille bien l'enregistrer et lui rendre son passeport. Je profite de cette pause pour changer les freins et la chaîne de mon vélo. Dushanbe. Kiosque-boucherie près du TSUM On s'offre un dernier délicieux repas dans un restau géorgien cher (10€ par personne pour le repas, sans compter le vin), on remplit les sacoches avec de la nourriture qui résiste à la compression et à la chaleur. Et ensuite, on va essayer de rouler un peu en direction du col Khaburabod et du Pamir avant la grosse chaleur du début d'après-midi.

Petite rue calme près de notre gîte Green House

18 juin 2015

Touriste-mehmon

Vallée de Zeravshan. Petit village entre Dardar et Urmetan

Dans la vallée de Zeravshan, je n'ai pas usé ma tente : la première nuit, le conducteur du taxi-marshrutka m'a déposée devant une mehmonkhona (un petit hôtel) vu qu'il était déjà plus de 22h quand nous sommes arrivés au pied du col Shakhristan à Ayni. J'ai eu la désagréable surprise de découvrir que le tarif pour étranger est 2 à 3 fois celui pour les Tadjiks. Mais toutes les autres nuits, j'ai été invitée chez l'habitant.

Nigina Amonkulova : "Модарам"

Vallée de Zeravshan en amont de Ayni. Hazrat i Langar.

Tchaï à Hazrat i Langar. J'ai passé une demi-journée en amont d'Ayni. J'ai pris le thé à Hazrat i Langar chez l'institutrice de ce petit hameau. Son fils m'a interceptée au sommet d'une montée pour me faire visiter un petit mausolée et la mosquée. Il a travaillé 9 ans en Russie puis est revenu vivre ici à la mort de sa grand-mère. Il se contente de ce que le jardin produit.





Kushikat. Petit-déj sur le taptchan En aval d'Ayni, je suis repassée à Khushikat et j'ai voulu rendre visite à 2 de mes hôtes de 2012. Je n'ai pas revu Abdurahmon : un de ses voisins m'a appris qu'il est parti avec son fils travailler en Russie ; sa femme et sa belle-fille ont mis en location la maison avec son grand verger. J'ai revu Gulmira, qui se trouve être la belle-fille de ce voisin. Son mari travaille toujours en Russie, et elle a maintenant un fils de 2 ans qui a les mêmes yeux bleus qu'elle. J'ai pris le thé et un copieux goûter chez ses beaux-parents avant d' être invitée chez ses parents. Le frère et le beau-frère de Gulmira travaillent aussi en Russie.

Shurcha. Tchaï avec Souraya, Mino, Khadisa et Anakhson. Après une dure journée de vélo (route délabrée et poussière du chantier), j'ai été invitée à prendre le thé à Shurtcha chez Suraya, une des 3 sœurs de Khadisa. Le mari et les 3 beaux-frères de Khadisa travaillent en Russie.

shurcha. Sipargis et une camarade de classe.. L'ambiance était très conviviale : j'ai finalement passé 2 jours avec Khadisa et ses 4 enfants Sipargiz, Mino, Arash et Anakhson. J'ai été choyée pendant que je soignais la tourista chopée la veille chez Gulmira (boulettes de viande hachée, dans une maison sans frigo...). C'était rustique : un seul robinet dans le jardin donnait de l'eau seulement 2 h chaque matin, et 2 ou 3 puces avaient dû sauter du chat sur mon lit. Mais l'accueil était aussi agréable qu'en Iran.

Khadisa parle très bien russe et complète sa formation pour devenir prof. Ses 2 filles de 16 et 13 ans passent leurs exams de fin d'année, elles ont 5/5 dans toutes les matières. Mais Khadisa n'a pas de quoi leur payer une inscription à l'université. L'aînée Sipargiz parle déjà bien russe et retient tout ce qu'on lui dit ; la cadette Mino aime lire la littérature persane en VO et connaît les chanteurs à la mode en Iran.

Départ vers la vallée des Haft Kul

Après Shurtcha et une rapide visite de Penjikent, je suis montée dans une petite vallée transverse pour voir les Haft kul, les Sept Lacs.

Vallée des Haft Kul, village de Shing

Et là, c'est Khosim qui m'a interceptée peu avant que je trouve un coin pour bivouaquer.

Haft Kul. Pique-nique au bord du 3ème des 7 lacs

J'ai logé chez lui 2 soirs et j'ai pu monter jusqu'aux lacs en laissant mes 4 sacoches chez lui.

Shing, vallée des Haft Kul. Une activité familiale et ludique : lavage de tapis.

Zeravshan. Route A372 et taxi. Et à la fin de cette excursion, Khadisa m'a envoyé un de ses amis conducteur de taxi qui partait pour Dushanbe. C'est dans son gros 4x4 8 places que j'ai franchi le fameux tunnel Anzob. Il est en tellement mauvais état qu'il va fermer 3 mois pour travaux cet été : le trafic devra repasser par l'ancienne route du col, une belle piste semi-abandonnée qui était si tranquille en 2012...

15 juin 2015

Vallée de Zeravshan

Pentes du col Shakhristan vues de la vallée de Zeravshan rive gauche

La rivière Zeravshan est la plus longue rivière tadjike après le Pyandj.

Isroil Fayziddinov : "Гули руят"

Zeravshan. Khushikat.

Elle irrigue Samarqand et se jette (enfin, le peu d'eau qui en reste...) dans l'Amou Darya en aval de Boukhara.

Vallée de Zeravshan entre Ayni et Dardar. En face, Iskodar

Sa vallée entre la chaîne du Turkestan (massif du Pamir Alay) et les Monts Fan (point culminant : pic Chimtarga 5487m) est magnifique.

Zeravshan. Entre Dardar et Urmetan.

La route Ayni - Pendjikent avant réfection

Mais la vie n'y est pas très confortable. De nombreuses maisons n'ont pas l'eau courante, bien que des ruisseaux passent à proximité immédiate. Les bouses de vache sont encore souvent récupérées comme combustible.

Vallée de Zeravshan juste en amont de Pendjikent

Pendant la semaine que je viens de passer dans la vallée de Zeravshan, on m'a rappelé à plusieurs reprises que Samarqand et Boukhara sont, historiquement, des villes tadjikes. La dynastie samanide de l'empire perse y avait établi sa capitale.

Empire samanide.

Il y a quelques années, l'Ouzbékistan a fermé le poste frontière entre la vallée de Zeravshan et ces 2 villes mythiques. La vallée s'est alors retrouvée à l'écart des principaux circuits touristiques, et coupée du reste du monde 6 mois par an. En effet, une fois fermée la route Penjikent - Samarqand, l'accés à la vallée passait obligatoirement par un col à près de 3400m, impraticable en hiver. Au choix le col Shakhristan pour aller à Khudjand au nord, ou le col Anzob pour aller à Dushanbe au sud.

Arrivée du col Shakhristan sur la vallée de Zeravshan

Tunnel Shakhristan en construction vu de la future ancienne route du col en versant nord

2 tunnels à environ 2600m d'altitude, construits gráce à l'aide de l'Iran et de la Chine, permettent, depuis octobre 2012, de maintenir la route Khudjand - Dushanbe ouverte l'hiver. Mais malgré cette amélioration, l'activité économique de la vallée reste réduite. La majorité des sites miniers ne sont plus exploités (il y avait, entre autres, des mines d'or, connues depuis l'Antiquité, et qui ont donné leur nom à la vallée). Comme au Karakalpakstan, on peut remarquer que la population des villages est surtout composée de femmes, enfants et personnes âgées. De nombreux hommes sont partis travailler en Russie pour faire vivre leur famille restée au village.

Engins chinois à l'œuvre sur le chantier de la route A377

Zeravshan. Route A377 en chantier. La route le long de la rivière est dans un état de délabrement avancé, le terrain est difficile. Un grand chantier de réfection est en cours, avec des engins et des techniciens venus de Chine. Les Tadjiks espèrent (prudemment) que l'Ouzbékistan tiendra sa promesse de réouverture du poste frontière entre Penjikent et Samarqand quand ce chantier sera terminé.

Peu avant Pendjikent, la vallée de Zeravshan s'élargit.

8 juin 2015

Khudjand, deuxièmes premières impressions

Paysage entre Buston et Khudjand

Statue à Khudjand : Ismaïl Somoni a remplacé LéninePremières impressions : je suis rentrée au Tadjikistan par la même route qu'en 2012, mais moi je n'étais pas la même. En 2012, j'etais encore à moitié malade (tourista chopée à Tashkent), j'avais un peu d'appréhension à l'idée de rentrer dans un pays où le PIB annuel par habitant est inférieur à mon salaire mensuel, je parlais juste quelques mots de russe, et je ne connaissais quasiment rien de la civilisation persane.

Cette fois, j'avais déjà eu le temps de guérir de ma petite tourista ouzbek (un chou farci pas très frais à Boukhara), je savais que le pays est globalement sûr pour les touristes et qu'on n'y est pas accueillis comme un porte-monnaie sur pattes, j'avais entre temps passé presque 4 mois en Iran et fait un stage intensif de russe.

Firuza Hafizova : "Попурри 2012"

Paysage entre Buston et Khudjand en fin d'après-midi

Rohi safed. Entrée-sortie de Khudjand.

En 2012 j'avais d'abord remarqué les signes extérieurs d'absence de richesse (en particulier, les gamins de corvée d'eau dans les villages) et l'influence soviétique. Cette fois j'ai plus remarqué ce qui ressemble à l'Iran : le vocabulaire (bien plus facile à déchiffrer en cyrillique qu'en persan!), la cordialité de l'accueil, la pratique du taarof, et même les paysages et l'odeur d'absinthe.

Le taarof, auquel j'ai fini par m'habituer à peu près en Iran, c'est la politesse persane, qui fait que par exemple, un commerçant vous proposera peut-être de ne pas payer, mais il est d'usage d'insister un peu pour avoir le prix et éventuellement payer, sinon on risque de partir sans payer et de passer pour un gros plouc...

Paysage entre Buston et Khudjand le matin

Et puis, ô luxe suprême, comme j'ai plus de temps et que je me débrouille à peu près en russe, je discute un peu plus avec les habitants sur mon passage. C'est ainsi qu'à Buston, le premier gros village après la frontière, j'ai remarqué que quand un gars qui m'avait abordée à l'entrée de la supérette a traduit à son voisin tadjik ce que je venais de lui répondre en russe, le très international mot "touriste" était devenu "mehmon" (мехмон). C'est le mot persan qui veut dire hôte, invité...

Berges du Syr Darya au centre-ville de Khudjand.

Passage à la tenue d'été. Coiffeur à Khudjand. A part ça, il fait déjà très chaud : pause obligatoire à l'heure de la sieste. Mon thermomètre indiquait 41°C à l'ombre sur un taptchan du petit troquet de Buston où je me suis affalée en compagnie de Reece, le turbo-cycliste britannique que j'avais rencontré à Nukus. Il est parti pour faire un tour du monde en 1 an, tout à vélo sauf les océans, ça me semble très court.

On ne voit pas des taptchany que dans les cafés et restaurants, mais aussi aux champs, pour la pause de la mi-journée.

Le taptchan (тапчан) d'Asie centrale, ou takht en persan, c'est un espèce de grand lit en bois, ou parfois à cadre métallique, où on s'assoit pour manger, et où la transition du repas à la sieste est particulièrement facile, surtout quand il y a des kurpatchas (un genre de couette qui sert de matelas) en plus du tapis.

Khudjand. Entrée du bazar Panjshanbe, littéralement Jeudi.

Enfin, autre différence, cette fois j'ai un smartphone et un blog. Je n'avais pas testé internet, mais même dans la 2ème ville du pays, Khudjand, ça laisse à désirer...

Khudjand. Place du Bazar Panjshanbe et grande mosquée Muslikhiddina

Il a fallu que je vienne déjeuner dans le restau de l'hôtel 4* pour trouver une connection utilisable.

Ecolières en uniforme, visiblement citoyennes tadjikes de nationalité ouzbèke. Il y a une importante minorité tadjike dans le sud-est de l' Ouzbekistan, et une importante minorité ouzbèke dans le nord-ouest du Tadjikistan

Ne soyez pas étonnés ou inquiets si je ne fais pas d'autre mise à jour avant Dushanbe. Je vais prendre une marshrutka jusqu'au tunnel du col Shakhristan, descendre à vélo vers Ayni, et passer quelques jours dans les monts Fan ou aux environs.

5 juin 2015

Khush omaded !

Buston, premier gros village tadjik après la frontière Voilà, je suis de nouveau en terre persane, mais suffisamment près de l'Ouzbékistan pour utiliser les derniers sums de ma carte SIM ouzbek.

J'ai passé la frontière tadjike juste avant midi. Aucun agent ne m'a posé de question indiscrète en voyant une cyclo-campeuse débarquer avec un visa "bizness".

Je casse la croûte au minuscule restau juste après les grilles, aménagé dans un wagon de marchandises recyclé. Deux œufs sur le plat, une tomate, un petit concombre, du pain et du thé.

Je compte sur ce séjour au Tadjikistan (visa valide jusqu'au 10 août), en particulier dans le Pamir, pour perdre quelques kilos superflus.

Firuza Hafizova : "Умеди"

Je m'attends aussi à profiter de paysages à couper le souffle, mais même sans ça, j'aurai peut-être le souffle coupé : l'itinéraire prévu passe par plusieurs cols à plus de 4000 m.

Petite route transverse entre Khudjand et Istaravshan

4 juin 2015

Frontière Ouzbékistan - Tadjikistan

Je suis arrivée à Tashkent hier soir, de nuit, en train, mais je n'ai plus assez de temps pour aller écouter un spectacle à l'opéra de Tashkent. Je dois sortir d'Ouzbékistan avant demain soir.

Ali Otajonov : "Yondiradi kuydiradi"

Trains Afriosyab et Sharq en gare de Samarqand

J'aurais bien aimé entrer au Tadjikistan en remontant la vallée de Zeravshan, mais hélas le poste frontière tout proche de Samarqand, sur la route de Pendjikent, est fermé. Dommage car le sud-est de l'Ouzbékistan est presque la seule région du pays avec de beaux paysages pas plats.

Paysage vu du train,  près de Djizzak

L'Ouzbékistan a fermé ce passage il y a plusieurs années, parce que le Tadjikistan a lancé un grand projet de construction de barrage hydroélectrique sur un important affluent de l'Amou Darya. La gestion de l'eau est un problème en Asie centrale. Et le découpage et l'étanchéité des frontières en est un autre...

Le 2ème poste frontière le plus proche, Bekabad, n'est ouvert que pour les résidents de le région : j'y avais été refoulée en 2012 et la situation n'a pas changé. Je devrai passer par le 3ème, Oybek/Buston. Mais la route la plus directe pour y aller depuis Samarqand empiète pendant quelques kilomètres sur le territoire tadjik avant Bekabad. Et là ce sont de vraies frontières.

Plaine du Syr-Darya près de Bekabad

Enfin, ni ma carte ni GoogleMaps n'indique de pont sur le Syr-Darya entre le pont frontalier de Bekabad qui m'est interdit, et le poste frontière d'Oybek. Résultat : pour sortir du pays avant expiration de mon visa, la solution la plus rapide (en excluant de faire 200km en taxi) était de "remonter" vers le nord en train jusqu'à Tashkent, puis de rouler 100 km vers le sud.



Train Qarshi-Tashkent, compartiment ekonom

La partie en train est faite. Pas pu prendre le train à grande vitesse Afrosyab (Samarqand-Tashkent en 2 h pour environ 360 km, et non 310 car il faut contourner un petit bout de Kazakhstan), les vélos n'y sont pas acceptés. Le train "normal" met 3h1/2, et est confortable même en classe ekonom (seulement 6 sièges par compartiment). C'était juste un peu étouffant, la clim etait réglée pas très fraîche.

C'est donc avec beaucoup de plaisir que, en arrivant à Tashkent, j'ai piqué une tête toute habillée (enfin, en bermuda et T-shirt) dans la petite piscine de l' Art Hostel, un petit hôtel russe sympa et confortable que Suzette, la cyclo-baroudeuse vaudoise, m'a recommandé (même pas cher : 18 $ la nuit en chambre partagée de 4 lits). Ah que c'était bon !

Tashkent. Hôtel Art.

J'ai fait un petit tour dans le centre de Tashkent. Une déception : le réglage des jets d'eau de la grande fontaine Mustaqilik maydoni (place de l'Indépendance) a été modifié, revu à la baisse. L'eau n'arrive plus jusqu'à l'allée piétonne où les promeneurs se faisaient copieusement doucher quand il fait bien chaud. Il y a donc moins de promeneurs à cet endroit, si animé et photogénique en 2012.

Tashkent, Mustaqilik maydoni. Fontaine-douche très appréciée en été

Mais il reste beaucoup de fontaines, souvent utilisées comme piscines par les jeunes.

Tashkent. Une fontaine typique dans le centre-ville

Beaucoup de verdure le long des rues très larges bordées d'immeubles parfois monumentaux et comme neufs (la ville a été reconstruite après le dévastateur tremblement de terre de 1966). Les pelouses sont abondamment arrosées ici, pendant que le nord-est du pays est en voie de désertification.

Tashkent, Mustaqilik maydoni. Entretien du square et des pelouses

De Tashkent à mon poste frontière, rien de spectaculaire mais route plutôt agréable. Y avait même un joli coin près du lac de barrage entre Toyteppe et Piskent.

Derniers kilomètres en Ouzbékistan. Un affluent du Syr-Darya près de Piskent

Et 3 Ouzbeks joviaux (dont un Ouzbek kazakh) qui terminaient leur pique-nique au bord de la route m'ont offert un p'tit verre de vodka et un CD de musique ouzbèke, avant de se faire photographier à tour de rôle avec moi.


Rappels:

  • comme hier et dans toutes (sauf erreur) les pages précédentes, quand il y a une "annexe" en bas de l'article, c'est un morceau de musique du pays.
  • la fréquence des mises à jour du blog risque fort de diminuer significativement au Tadjikistan.

3 juin 2015

Samarqand et ses monuments

Samarcande est la plus connue des 3 grandes villes "mythiques" de l'actuel Ouzbékistan.

Sherali Juraev : "Özbegim"

Ouzbekistan, mais comme à Boukhara, on entend souvent des gens du coin parler tadjik. Samarqand (orthographe ouzbek) n'a pas le charme de Khiva ou Boukhara, les bâtiments historiques y sont plus dispersés dans un centre un peu clinquant. Les petites maisons du centre ancien ont été rasées ou cachées derrière un mur adossé aux boutiques pour touristes.

Place du Registan sans mûriers. Samarqand.

Mais les monuments de Samarqand sont monumentaux : la fameuse place du Registan, le mausolée d'Amir Timur (plus connu en Occident sous le nom de Tamerlan),

Mosquée Bibi khanum, cour intérieure. Samarqand.

la mosquée Bibi Khanum (une épouse de Tamerlan) et l'observatoire d'Ulugbeg (un petit-fils de Tamerlan) sur la colline Afrosyab sont impressionnants.

Shah i zindah, iwan. Samarqand. Une petite déception quand même : les mûriers qui faisaient un petit peu d'ombre, et surtout de jolis "premiers plans" en contre-jour sur mes photos de 2012, ont disparu de la place du Registan.

Mon site préféré, c'est Shah i zindah, une petite nécropole avec une étroite allée pleine de mausolées, au pied de la colline Afrosyab et de son grand cimetière. A voir tranquillement tôt le matin.

Shah i zindah, tombes timourides. Samarqand.

Shah i zindah, mausolées. Samarqand.

Ruellle et gaz derrière Bibi Khanum. Samarqand. J'ai croisé à Samarqand plusieurs cyclo-voyageurs déjà vus ou ratés de peu : Pere le Catalan avec qui j'ai passé la soirée du Nouvel-An persan à Tabriz, Alexia et Daniel rencontrés à Mashad, Binh et Alessio que j'ai failli rencontrer à Téhéran, Suzette de retour d'une excursion entre Boukhara et Nuratau, Xavière et Jeff qui partaient de ma guesthouse au moment où j'arrivais à Boukhara, et Matthew qui m'a livré le chapeau tombé de mon porte-bagages au départ de Boukhara.

On va tous rouler en direction de Dushanbe (mais pas tous par la même route ni aux mêmes dates) et du Pamir, sauf Pere, contraint à l'abandon par une sciatique.

Lors de notre dîner d'adieu, Pere me raconte ce à quoi j'ai échappé en n'obtenant que 5 jours de visa turkmène. Lui a eu 7 jours, et a découvert au poste frontière de sortie qu'il n'etait pas en règle car l'enregistrement est obligatoire pour tout séjour de plus de 5 jours, même en transit. La police turkmène lui a laissé le choix entre une amende de 1200 $, ou l'expulsion immédiate avec interdiction de territoire pendant 3 ans. Le choix a été très vite fait...

Registan, madarsa Chir Dor au soleil couchant.

30 mai 2015

Boukhara, la vieille ville

Un petit aperçu du Boukhara des cartes postales avant mon départ (je n'ai plus que 6 jours de visa ouzbek...)

Boukhara, Ark

La vieille ville de Boukhara est aussi très dense en monuments restaurés : nombreuses madarsas et mosquées garnies de céramiques bleues et turquoise, citadelle avec remparts en brique, mausolées (dont celui d'Ismaïl Somoni, considéré par les Tadjiks comme un père fondateur du Tadjikistan)... La grande madarsa Mir i Arab, restaurée et réouverte peu après la 2e guerre mondiale, forme les imams de toutes les républiques d'ex URSS.

Boukhara. Mir i Arab.

La course à la miniaturisation commencerait-elle à montrer ses limites ? Assez régulièrement je retrouve des photos défectueuses sur la carte microSD du smartphone :

Boukhara, madarsa Mir i Arab, mosquée et minaret Kalon

Sevara Nazarkhan : "Ei nozanin", album Yol bolsin

Boukhara. Aksakal prenant son thé devant une échoppe de tapis Fort heureusement, mon vrai appareil-photo de 0.9 kg et ses bonnes vieilles cartes SD ne me fait pas ça (enfin, sauf la nouvelle carte SD 64 Go qui n'a rien voulu enregistrer... Heureusement, j'avais des cartes 16 ou 32 Go en nombre suffisant).

On peut se promener dans des ruelles piétonnes pleines d'échoppes de souvenirs (écharpes de soie, broderies et tapis, céramique, fer forgé, trucs kitsch, et kitchaks).

Boukhara. Place Lyab i Haouz.

Danseuse ouzbèke typée tadjike Ma guesthouse, B&B Sarrafon, pourtant confortable et pas chère, était idéalement placée près de la place Lyab i Haouz, je pouvais facilement passer y faire la sieste aux heures chaudes entre les visites.

J'ai partagé un "dortoir" (en fait une chambre à 2 lits avec WC et douche) avec Suzette, une cyclo-baroudeuse vaudoise, elle aussi en route pour le Pamir.

Le côté plus bling-bling que Khiva ne m'a pas trop plu au début, mais l'animation n'est pas que touristique, et finalement j'aime bien Boukhara aussi.

Danseuse ouzbèke soliste virtuose Festival Soie & èpices 2015, répétition générale

Danseuse ouzbèke typée ouzbèke Une de mes distractions était d'essayer de deviner qui est ouzbek ou tadjik : ce n'est pas si facile car il y a eu pas mal de mélanges.

Boukhara était une ville cosmopolite. Il reste une communauté juive et une minorité rom. On entend aussi parler russe, et ce ne sont pas toujours des touristes : il reste quelques résidents russes, et les Tadjiks d'Ouzbekistan parlent parfois mieux russe qu'ouzbek.

Enfin, en écoutant et regardant les chants et danses du festival, on pouvait percevoir des influences turques, chinoises, afghanes, indiennes, persanes... Pas de doute, on est bien sur la Route de la soie (et des épices).

Spectatrice ouzbèke typée russo-tadjike Un grand nombre des ensembles qui s'étaient produits dans les rues de Boukhara depuis 2 jours étaient réunis pour le grand spectacle de clôture du festival, sur la place du Minor Kalon. J'en ai profité depuis un petit restaurant idéalement placé, avec une terrasse sur le toit.

Boukhara. Grand show vu d'une terrasse de restau.

Plov : et le gagnant est...

Un orchestre de musique classique traditionnelle ouzbèke participe au festival dans la cour d'un restaurant

Boukhara. Ruelle menant à la place du petit minaret Aujourd'hui, le festival "Soie et épices" continue, avec encore musique et danses dans la vieille ville de Boukhara. Un restaurant assez chic, avec une grande cour intérieure dans laquelle on pouvait entrer librement, avait invité un orchestre de musique classique traditionnelle ouzbèke.

En matinée, Luis m'envoie un message pour me signaler une attraction intéressante : un concours de plov (riz pilaf) sur la place avec bassin du petit minaret.



Islam Saratov : "Yagonam ozing"

Boukhara. Festival : préparation du plov.

En pleine chaleur (il fait près de 40° à l'ombre aux heures les plus chaudes de la journée), une dizaine d'équipes de cuistots s'affairent. Deux groupes de musiciens et danseurs, dont une dynamique équipe de baboushkas aux dents dorées, se produisent côté ouest de la place, ou à leur table, à l'ombre d'un mûrier.

Une babouchka de la troupe animant le concours de plov

Quand le plov est prêt, les cuistots apportent cérémonieusement les plats à la table du jury.

Boukhara. Festival : plov servi au jury.

Cette année, c'est Andijan, une ville de la vallée de Fergana, qui a gagné le concours.

Le jury du concours de plov en pleine dégustation-délibération

Et après, comme on traînait là depuis un bon moment avec nos appareils-photo, Luis et moi avons été invités à déguster le plov à une table avec 2 vénérables aksakals (littéralement "barbe blanche"), un organisateur et Pavel, un journaliste russophone de Tashkent. Le plov d'Andijan était effectivement excellent, avec des herbes en plus des épices.

Boukhara. Festival : le public déguste aussi le plov.

28 mai 2015

Boukhara, festival Soie et épices

Boukhara est plus animée que Khiva, surtout que je suis arrivée au moment du festival "Soie et épices".

Boukhara. Préparatifs du festival.

J'ai pris un peu peur au début en voyant une débauche de décorations assez kitsch et des banderoles "Festival Silk and spices" en anglais.

Broderie suzani, soie sur coton

Vue sur le concours de riz plov et les animations qui l'entouraient

Mais en fait ce festival est chouette et fréquenté par de nombreux Ouzbeks.

J'ai revu Luis, le cyclo-voyageur péruvien qui a traversé le désert turkmène juste avant moi. Et j'ai rencontré d'autres touristes, dont un couple de Français qui rendait visite à une proche expat' : elle travaille ici pour le compte d'une ONG qui enquête discrètement sur les conditions de travail dans les champs de coton.

Un peu de musique typique : un chant souvent associé aux mariages que j'ai entendu dans la rue entre mon petit hôtel et le musée du tapis

Yulduz Usmanova : "Yor yor"

Festival Soie & épices 2015, Boukhara.

J'ai pu assister à quelques répétitions de spectacles

Festival Soie & épices 2015, répétition générale

avant le jour J, où musiciens et danseurs en costumes traditionnels se répartissaient sur 3 places de la vieille ville,

Festival Soie & épices 2015, Boukhara.

et dans les rues aux alentours.

Festival Soie & épices 2015, Boukhara.

Kitchak, suite (et fin)

Le petit-fils discute le prix des kitchaks de son grand-père avec les touristes Allez, comme tout le monde sèche, je vous donne des indices supplémentaires pour la devinette du 25 mai.

Kitchak est le nom ouzbek, le nom tadjik est nonpaar (il y a pas mal de Tadjiks, enfin, de Tadjiks citoyens ouzbeks, à Boukhara).

Et voici des kitchaks vus de dessous. Kitchaks ou nonpaars

Non après application du kitchak et cuisson.Bon, un dernier indice. Là, ça devrait être facile même si vous n'avez jamais voyagé en Asie centrale...

Les lots pour les gagnants sont partis de la poste de Boukhara, parce qu"au guichet de la poste de Khiva, on m'a refusé le colis à cause des petits clous à la base des kitchaks, soit-disant trop dangereux pour partir avec le courrier "Par avion" !

26 mai 2015

Khiva - Boukhara en train + vélo

Entre Khiva et Boukhara, la route traverse le désert du Kyzylkum. C'est plat, aride, et monotone. Le gros avantage par rapport au Karakum turkmène, c'est que là, il y a une voie ferrée et des trains de voyageurs.

Train de nuit Amou Darya

J'ai choisi l'option train, et j'ai donc pris l'express "Amou Darya".

Sato : "Sen gelmez oldun", album Kongil

Kyzylkum

Le trajet en train pour aller d'Urgentch à Boukhara fait plus de 700 km, au lieu de 447 km par la route : l'ancienne voie ferrée qui reliait directement Khiva à Boukhara traverse un petit bout de Turkménistan. Cette ligne n'est donc plus desservie depuis que le Respecté Président turkmène mégalo et paranoïaque a verrouillé les frontières de sa charmante république. Le train fait maintenant un détour par le minuscule oasis d'Üchqüdüq, et je devrai faire une correspondance à Navoiy entre 2h et 5h30 du matin.

Voiture 17  П  (платскарт)

Mes voisins d'en face dans le train Amou Darya Comme le seul DAB de Khiva était en panne (et en plus il ne prenait pas les CB Visa, seulement Master), j'ai pris un billet en platskart, qu'on appellerait en français la 3ème classe. Le contrôleur m'a demandé un supplément vélo non officiel mais m'a aidé à monter et ranger mon encombrant bagage entre 2 wagons.

Les wagons sont organisés de manière très conviviale, avec des compartiments ouverts. Le spectacle était donc dans le train ; dehors le paysage était comme prévu très monotone.

Vendeurs ambulants dans le train A bord, en plus des passagers, il y avait quelques vendeurs ambulants : boissons fraîches, babioles diverses... Et comme dans tous les trains longue distance d'ex URSS, dans chaque voiture un provodnik (ou une provodnitsa) est chargé de contrôler les billets, distribuer les draps, préparer l'eau chaude dans le samovar, et réveiller les passagers à leur gare de destination.

A Navoiy c'était moins drôle. J'ai dû repasser au contrôle des bagages (rayons X, et quand les flics sont désœuvrés en heure creuse, fouille des sacoches) après l'achat d'un billet car le guichet était à l'extérieur devant la gare. J'ai somnolé sur un banc du hall de la gare avec une demi-douzaine d'Ouzbeks qui changeaient de train comme moi.

Tchaînik à recharger au samovar

Et de Navoiy à Boukhara j'ai découvert qu'il existe l'équivalent d'une 4ème classe "Общ." : c'est comme les "platskart" sauf qu'il y a 3 passagers sur 2 larges places de platskart.

25 mai 2015

Kezako ?

Un kitchak. Devinette : à quoi sert cet objet ? -->

A gagner : un kitchak à choisir dans le lot ci-dessous.

Souvenirs ouzbeks.

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