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samedi 1 août 2015

Arrivée dans le Pamir oriental

Bon, c'était bien la peine que je passe à la boutique Megafon de Murgab pour recharger ma carte SIM tadjik et faire activer l'option Megabyte Onlaïn. Arrivée sur Murgab Ça pédale dans la semoule dès que j'essaie de charger une photo. Y a pas de wifi à l'hôtel le plus cher et le plus occidentalisé du patelin (25 $ la chambre avec WC + douche à l'étage), et l'internet-café ne marche pas.

A moins que je trouve par miracle un accès wifi avec un débit correct quelque part, je pense que vous devrez attendre une collection de mises à jour différées quand je prendrai quelques jours de repos à Osh, où je devrais normalement arriver dans une douzaine jours.

Osh est la 2ème plus grande ville du Kyrgyzstan (ville centre 250 000 habitants, agglo 500 000), située à 900 m d'altitude dans la grande et fertile vallée de Fergana et à moitié peuplée d'Ouzbeks. Ça changera de Murgab, 2ème moins petite ville du Gorno Badakhshan tadjik (4000 habitants), située à presque 3700 m d'altitude sur un haut plateau semi-désertique, et peuplée à 70% de Kyrgyzs.

mardi 14 juillet 2015

Khorog city

Le chef-lieu du GBAO (Gorno Badakhshan avtonomaïa oblast) est une petite ville d'environ 30 000 habitants dépourvue de centre ancien, construite toute en longueur sur les berges de la rivière Gunt, tout près de là où elle se jette dans la rivière Pyandj. Khorog vue depuis le jardin botanique

Arrivée à Khorog. Pont transfrontalier ouvert (mais sous bonne garde)

(+) Novobar Shams : "Az ghami tu"

Il y a juste le petit aéroport qui est sur un replat le long du (ou de la?) Pyandj : seulement un vol presque quotidien de/vers Dushanbe avec un rustique Antonov 30 places à hélices qui vole à vue entre les montagnes, quand la météo est bonne.

Le bazar de KhorogTous les voyageurs traversant le Pamir passent à Khorog, et généralement y font une pause. Les cyclistes qui vont vers l'Est remplissent leurs sacoches de ravitaillement : pâtes ou autres céréales pas trop longues à cuire, fruits secs, bouillon en poudre, lait concentré ou miel, carottes, biscuits... Pas de saucissons, on ne trouve que des saucisses roses à peau synthétique, purs produits de l'industrie agro-alimentaire ; côté fromages, le choix semble réduit à des parallélépipèdes de fromage industriel, ou de petites billes de kurut, du fromage séché très pratique à conserver et transporter, très dur et salé.

A Khorog, les principales attractions sont le bazar, le jardin botanique, un parc avec un grand bassin où les jeunes se baignent (NB : il y a même des filles en maillot de bain, alors qu'on est si proches de la frontière afghane...), et un bon restaurant indien où les cyclo-voyageurs s'empressent de faire un bon repas pour compenser le "régime Pamir". Mini-lac dans le parc de Khorog

Les 2 touristes roumains avec qui je logeais m'ont dit qu' il y a ici fin juillet un festival folklorique pamiri. Lalmo, la maîtresse de maison de notre homestay, a vérifié les dates pour nous : le festival a été avancé de 2 jours pour arranger l'agenda du Président tadjik, qui a sa binette partout mais pour qui les Pamiris ont une estime très modérée.

Si j'avance "assez vite" dans le tronçon quasi-désertique du col de Khargush (si je le passe, ce sera mon premier 4000 à vélo), peut-être je pourrai revenir y faire un petit saut en marshrutka, en laissant mon vélo dans un gîte à Alichur. Mais c'est pas gagné...

Khorog.Fast food local.En attendant, je me suis offert un dernier jour de repos + restau indien à Khorog. Ensuite, suite et fin de la remontée de la rivière Pyandj par le côté tadjik du corridor de Wakhan, et col de Khargush pour arriver sur les hauts-plateaux du Pamir. Je n'aurai probablement pas d'accès internet correct pendant quelques temps.

Marx, Engels, Sorban et Valer

Je voulais passer quelques jours dans une vallée hors des axes de transit (bien que la circulation sur la route M41 ne soit pas très dense) et jeter un coup dœil aux pics Karl Marx (6723m) et Friedrich Engels (6507m). De droite à gauche : Karl Marx et Friedrich Engels, la tête dans les nuages

Badakhshan ensemble : "Сабзак", album Pamir mountains

Pour ne pas trop me fatiguer avant les cols à + de 4000m qui sont sur ma route prochainement, et pour éviter de faire 2 fois le même tronçon à vélo, j'ai pris un taxi sur les 70 premiers kilomètres de la vallée de Shoqdara.

Vallée de Shoqdara entre Nimos et Zarbut Restait 60 km de montée jusqu'au petit village de Djavchanguz (environ 3300m). Les vallées du Pamir sont longues, et souvent encaissées au début. La piste suit de près les accidents du relief, donc on a pas mal de petites remontées dans la descente (je me demande même s'il n'y en a pas plus que de petites descentes dans la montée).

Vallée de Shoqdara en aval de Djavchanguz. Au fond, Marx & Engels J'ai subi en route une nouvelle attaque d'affreuses petites mouches qui piquent, elles se massent près des points d'eau. Mais je suis arrivée tout doucement dans le haut de la vallée, moins encaissé, et avec vue sur les 2 pics voisins Marx et Engels.

Shoqdara, plateau de Djavchanguz, pic Karl Marx

En arrivant à Djavchanguz, j'ai vu un panneau "homestay" mais pas de gîte correspondant à proximité immédiate. Quand j'ai demandé à la première maison suivante où était la mehmonkhona, Sorban m'a répondu "mais pourquoi, pas besoin, ici est notre maison". Le grand-père et la fille de Sorban, à Djavchanguz J'ai donc été hébergée dans une petite ferme d'altitude (pas de jardins, seulement des alpages), j'ai mangé des pâtes aux patates et au beurre, j'ai eu la pièce principale comme chambre pendant que la famille dormait à la cuisine, et le lendemain matin, thé au lait et pain maison.

Nila dans la pièce principale de sa maison traditionnelleLe lendemain soir au retour, dans le hameau de Vezdara, nettement plus bas dans la vallée, scénario similaire. Ne voyant pas à quelle maison pouvait mener le petit panneau bleu "homestay", je questionne un piéton de passage, et Valer m'invite chez lui. Par rapport à la veille, c'était du luxe : sa femme Nila m'a préparé une bassine d'eau tiède pour que je me décrasse, on a mangé un bon plat de riz aux carottes du jardin, j'ai aussi eu la pièce principale comme chambre, et le shir tchoy (thé au lait salé) + pain maison au petit déj était délicieux.

Petit déj' avec Valer : shir tchoy et pain maisonEt puis Valer parlait nettement mieux russe que Sorban, c'etait plus intéressant. Il me semble que les jeunes Pamiris connaissent souvent un petit peu d'anglais et de russe, mais à un niveau vraiment débutant, alors que ceux qui ont été scolarisés pendant l'ère soviétique parlent souvent russe beaucoup mieux que moi (bien qu'ils ne semblent pas très à cheval sur les déclinaisons...)

A noter : on peut facilement être hébergé chez l'habitant, mais pas forcément gratuitement. Les Pamiris sont hospitaliers, mais surtout en altitude où il n'est plus possible de compter sur les produits du jardin, ils vivent dans un tel dénuement qu'ils demandent parfois aux touristes de régler l'équivalent d'une nuit ou d'une demi-pension en gîte ou hôtel (une dizaine d'€).

dimanche 12 juillet 2015

La fine équipe de Bardjangal et autres Pamiris

Après une petite excursion de 4 jours dans la vallée de Shoqdara, je retrouve Khorog et mon gîte "Homestay Lalmo" avec wifi (et douche + WC propres, ça fait du bien... Je ne m'étendrai pas sur ce sujet, mais au Tadjikistan, il y a rarement l'eau courante dans les maisons des villages, et les chiottes sont souvent immondes). Voici en vrac quelques photos de brèves rencontres le long de la route.

Veuillez prendre place à bord du camion !

Zafartcha : "Хоҷа бигу ки ман"

Alors que j'essayais de photographier un peu discrètement, de pas trop près et en zoomant, l'embarquement des passagers de 3 camions, ils m'ont fait signe d'approcher et se sont rangės pour être tous sur la photo. L'idée d'avoir leur binette sur internet avait l'air de les amuser. Je ne pourrais pas vous citer leurs noms, je sais juste que ces ouvriers allaient au boulot sur un chantier à Bardjangal, entre Roshtqala et Khorog.

Les ouvriers du chantier de Bardjangal

Station de marshrutkas à Khorog J'ai vu parfois des passagers transportés en camion, mais le plus courant, ce sont les marshtutkas, des taxis collectifs qui sont, selon le trajet, soit de petits minibus soit de gros 4x4. Point commun : on peut y caser 10 à 20% de passagers tadjiks de plus qu'il n'y a de places assises normales.

D'autres Pamiris m'ont parfois demandé à être photographiés, en général des gamins. Ceux-ci vendaient les abricots et les cerises de leur verger au bord de la route entre Qala i Khum et Khorog (fruits appétissants, mais c'était pendant une phase "tourista" alors je n'en ai pas pris). Madina m'a ensuite demandé de lui envoyer la photo, en 5 exemplaires bien sûr. Madina et compagnie vendent les fruits du verger

Plus loin sur la route, j'ai réussi à semer mon porte-monnaie devant une petite boutique où on venait d'acheter de l'eau minérale. Eh bien, Sagvard (en robe rose au centre), la fille de la commerçante, nous a couru après en auto-stop, avec sa sœur et une amie, pour me rapporter l'objet, et me l'a remis en mains propres avant même que je me sois aperçue de ma gaffe. Sagvard, sa soeur et une amie Sagvard, avec qui on avait un peu discuté dans la boutique, est étudiante en langues à Dushanbe et veut devenir interprète. Elle parle 4 langues : tadjik bien sûr, russe, anglais, et sa langue maternelle qui est un des 6 dialectes du Pamir (les 6 vallées ont chacune leur dialecte). Plusieurs Pamiris à qui j'ai posé la question m'ont dit que ces langues sont suffisamment différentes du tadjik pour qu'un Tadjik non pamiri ne les comprenne pas ; deux troufions de Khudjand et Dushanbe qui faisaient leur service militaire dans le Pamir m'ont confirmé la chose. Inversement, tous les Pamiris comprennent le tadjik car c'est la langue qu'ils pratiquent obligatoirement à l'école.

Vallée de Shoqdara. Pause-thé Enfin, j'ai aussi bu un thé au bord de la route avec une babouchka qui accompagnait son mari. Elle était accroupie sur le talus avec un thermos de thé, et surveillait sa vache pendant que son mari commençait, à la main et à la pioche, à construire la maison d'un de ses 3 fils dans le terrain en contre-bas de la sienne. Ou peut-être surveillait-elle son mari pendant que sa vache broutait, attachée à un pieu. Cette petite pause m'a donné l'occasion de m'entraîner à la position accroupie si courante en Asie quand il n'y a pas de tapis pour s'assoir en tailleur. C'est pratique mais au bout d'une tasse de thé, j'avais des fourmis dans les pieds...

mercredi 8 juillet 2015

L'autre Badakhshan

Zoom sur la rive afghane en sortie de Qala i Khum La "route" M41 remonte la rivière Pyandj sur plus de 500 km, dont ce tronçon de 240 km entre Qala i Khum (point d'entrée dans le GBAO) et Khorog (chef-lieu du GBAO). Pendant ce trajet, les touristes qui vont dans le Pamir ont souvent le regard scotché sur la rive d'en face : c'est le Badakhshan afghan.

Farhad Darya : "Salaam Afghanistan"

Bien qu'il soit majoritairement peuplé de Badakhshanis parlant la même langue que ceux du Badakhshan tadjik (GBAO), c'est un autre monde.

En zoomant (pas possible avec le smartphone, vous attendrez les autres photos...), on peut y voir des hommes en longue tunique, pantalon assorti et gilet sans manche, et des femmes nettement plus couvertes que sur la rive tadjike, souvent en rouge plus ou moins sombre. Vue plongeante sur un village afghan Les maisons sont construites avec les matériaux locaux, les travaux agricoles se font sans machines. Les lignes électriques n'atteignent pas tous les villages. Quasiment aucun trafic motorisé autres que des motocyclettes portant 1 ou 2 passagers en plus du conducteur. Les gens marchent du village aux champs ou aux alpages, ou entre villages. Mais ils peuvent voir les camions chinois défiler sur la route tadjike juste en face.

En face de la M41, la piste afghane se réduit à un chemin. La piste afghane est parfois réduite à un étroit chemin taillé dans des parois rocheuses. Dans un des hameaux tadjiks où nous avons fait halte, Nauruz, un lycéen qui parle bien anglais et rêve de pouvoir un jour étudier à Moscou où son frère aîné travaille, nous a confirmé qu'une partie des villages afghans sont isolés pendant plus de 6 mois par an à cause des avalanches. Vergers et champs cultivés d'u village afghan typique Pendant les mois d'été où le chemin est praticable, les enfants peuvent aller à l'école. Cette période correspondant à peu près à celles des vacances scolaires au Tadjikistan, leurs instituteurs sont souvent des enseignants tadjiks qui traversent en canot (il n'y a que 4 ponts sur la rivière Pyandj en 400 km). Seulement 3 ponts en 300 km, avec garde militaire sur chaque rive... Enfin, il paraît que la rareté des ponts et les patrouilles de garde-frontière n'empêchent pas les trafiquants d'acheminer la drogue d'Afghanistan vers la Russie et le reste de l'Europe, à travers la rivière Pyandj puis via le Tadjikistan. C'est d'ailleurs une source de revenus non négligeable pour une partie des Tadjiks...

mardi 7 juillet 2015

Gorno Badakhshan

M41 entre le col Khaburabot et Qala i Khum Comme son nom l'indique, la région du Gorno Badakhshan (appellation russe), ou Kuhistoni Badakhshan en tadjik, est montagneuse.

(+) Saïdmuso : "Бадахшон шамоли майда дора"

On rentre officiellement dans cette "région autonome" du GBAO une petite dizaine de kilomètres avant Qala i Khum quand on descend du col Khaburabot.

Descente qui nous fait apprécier d'avoir franchi ce col dans le sens nord-sud : en face sud, la "route" n'est pas pire mais elle est encaissée tout le long. Ca doit être une fournaise aux heures chaudes, et quasi impossible de trouver des coins de bivouac pour se reposer en chemin. Descente du col Khaburabot sur Qala i Khum

Au poste de contrôle d'entrée du GBAO, comme aux précédents sur la route, un militaire recopie dans un cahier les indications figurant sur notre passeport et notre visa tadjik. Pas d'ordinateur, tout juste une ampoule qui pendouille au bout de son fil électrique. Une petite pile de copies de passeports traîne sur le bureau.

Qala i Khum Avec Hugo et Begonia, j'arrive en milieu d'après-midi à Qala i Khum. C'est un gros village, pas vraiment une ville, mais curieusement on y trouve un supermarché bien achalandé y compris en produits importés, et une belle terrasse de restaurant en encorbellement sur la rivière qu'on vient de longer. Pendant qu'on avale notre plat de plov, on observe la vie au "centre-ville".

Qala i Khum. A la fenêtre de l'école. Les visages sont rarement typés "Asie centrale", on voit des yeux clairs et des cheveux châtains. Par rapport aux vallées de Vakhsh et Rasht, il y a plus de femmes dans les rues, elles ne portent pas systématiquement de foulard sur la tête, et on en voit même plusieurs qui viennent se restaurer en terrasse à la même oshkhona que nous, en plein mois de Ramadan. Les Pamiris sont majoritairement des chiites ismaïlis, leur conception et pratique de l'Islam sont souples et relativement progressistes. Les tenues des jeunes filles sont variées, les jeans, bermudas ou jupes droites cohabitent avec les tenues traditionnelles bigarrées (robe à manches courtes qui descend jusqu'aux genoux, et pantalon léger assorti).

Remontée de la rivière Pyandj

Pyanj dans le district de Rushan. Tronçon plus large et calme Après une nuit dans un gîte bien tenu, nous entamons la remontée de la rivière Pyandj. Une nouvelle "tourista" me ralentit, du coup Suzette, ma cothurne de Boukhara, me rattrape et nous roulons quelques jours ensemble.

Vallée de Bartang vue du pont près de Rushan. Sommets à + de 5300m. Elle a réussi à me faire prendre un rythme adapté au climat : départ à l'aube vers 5h-5h30, longue pause pendant les heures chaudes à la mi-journée, et un petit tronçon en fin d'après-midi pour trouver où dormir.

Ça peut aller du bivouac de rêve avec herbe tendre et belle vue sur l'Afghanistan (mais oui!), à la nuit infernale en bord de route sur la terrasse d'une tchaïkhana sans électricité et infestée de moustiques. Beau bivouac peu après Dashtak

mardi 30 juin 2015

Remontée des vallées de Vakhsh et Rasht

Les transmissions internet via ma carte SIM tadjike sont un peu poussives dans les montagnes, je vous ferai une mise a jour digne de ce nom prochainement, peut-être. J'ai enfin fini la longue montée vers le col Khaburabot (3253m), parfois confondu avec le col voisin de Sagirdasht sur certaines cartes. La "route" était bien pourrie mais bien belle. Col Khaburabot 3253 m

Manizha Davlatova: "Ватан"

Mise à jour du 6 juillet : aaah, ça y est. Je suis à Khorog, chef-lieu de la région du Badakhshan. Et y a du wifi avec une bande passante décente dans le gîte où je vais prendre 1 ou 2 jours de repos. Livraison de photos !

J'ai démarré lentement, après une douche à l'eau de source chaude à Obi Garm et une averse pendant laquelle je suis restée dans ma petite chambre d'hôtel pas chère (sans WC, fallait aller à ceux des "bania" en face, fermés de 22h à 7h). Vallée de Vakhsh entre Obi Garm et Nurobod

Vallée de Rasht près de TavildaraAprès le site de construction du barrage de Roghun et une mine à ciel ouvert, la vallée de Vakhsh s'élargit un peu et le paysage est varié. Entre les formations rocheuses, elle est verdoyante et très agricole. Les torrents creusent des sillons qui se ravinent rapidement, en emportant au passage des portions de route, sommairement refaites au bulldozer après chaque chute de pierres ou coulée de boue. Vallée de Vakhsh entre Obi Garm et Nurobod

M41. Premier gué d'une longue sérieLes traversées de ruisseaux ou torrents se font plus souvent à gué que par des ponts. Je chausse régulièrement mes sandales Vibram pour pouvoir pousser le vélo sur les galets ou dans la boue des gués (une bonne douzaine de gués en 100 km). Comme ça le soir, quand il commence à faire frais, j'ai des chaussures fermées sèches. Bref, "route" pourrie et difficile, mais il y a tellement peu de trafic que c'est agréable. Gué + torrent qui emprunte la route sur quelques dizaines de m. Pas grand chose de très appétissant dans les minuscules magozan des villages le long de la "route", et les quelques oshkhonas étaient souvent fermées (à cause du ramadan, ou abandonnées) mais j'ai jusqu'à présent mangé 2 fruits ou légumes par jour : concombre et tomate, ou carotte et abricot, ou pomme et mûres glanées sur un arbre... Ici ce sont des mûres blanches, un peu moins parfumées que celle des buissons des Alpes, mais ça se laisse bien manger. Juste avant Lab i Jar. La route M41 quitte la Vakhsh J'ai même mangé une fois de la pastèque, chez Ganjila et ses beaux-parents. Je m'étais réfugiée sous un griottier pendant une averse, j'ai vu arriver Olivier, un cyclo-voyageur grenoblois qui devrait bientôt terminer son tour du monde sans transports motorisés, en 7 ans. Et comme à la fin de l'averse il faisait presque nuit, on a fait mine de chercher où on pourrait planter nos tentes dans le village. On s'est retrouvés invités chez les propriétaires du griottier.

vallée de Rasht, village en amont de Tavildara. Ganjila Ganjila est une belle jeune femme aux yeux verts. Elle a 22 ans et aurait aimé devenir infirmière, mais elle vit, comme le veut la tradition (les vallées de Vakhsh et Rasht ont la réputation d'être très conservatrices), chez ses beaux-parents. Son mari travaille dans le bâtiment en Russie, et elle passe ses longues journées à s'occuper de sa fille, du jardin, des vaches, de la maison, et de ses beaux-parents. Son beau-frère l'aide mais dans 1 mois, il partira travailler en Russie. L'argent que les émigrés tadjiks envoient au pays représente environ 40% du PIB du Tadjikistan... Vue sur la vallée de Tavildara depuis les alpages entre Saferodon et le col Khaburabod

Bicoques abandonnées dans les alpages. Que dire d'autre de cette longue montée ? A midi la veille du passage du col, j'ai été invitée à prendre un thé, accompagné de pain frais et yaourt maison, dans une ferme où toute la famille jeûnait pendant le ramadan. Mes mollets ont été dévorés par d'affreuses petites mouches qui piquent. Et au col, où j'ai été rejointe par Hugo et Begonia, 2 cyclistes basques espagnols, nous avons croisé des 4×4 blancs d'une ONG humanitaire norvégienne et des équipes de démineurs au travail. Le Kosovar qui encadrait les démineurs tadjiks nous a demandé de ne pas publier les photos que je m'étais empressée de prendre. Ces mines sont des restes de la guerre civile qui a ravagé le Tadjikistan au début des années 90, après l'éclatement de l'URSS.

Bivouac à 3000 m, versant nord du col Khaburabot

Mise à jour, décembre 2016 :

Le Kosovar démineur-en-chef ne voulait pas que je publie les photos de son équipe au travail. Pourtant, le fait que ce secteur était miné est connu depuis belle-lurette : c'était une ligne de front dans les années 90. Le fait que le Tadjikistan a eu besoin d'aide internationale pour déminer, et que ces opérations prennent du temps, ce n'est pas un scoop non plus.

Déminage en cours : chapeau mesdames !Mais ce jour-là, j'avais remarqué un détail inhabituel : alors qu'on venait de remonter une vallée très "conservatrice" (de petits groupes armés islamistes y étaient actifs pendant la guerre civile), l'équipe de démineurs tadjiks à l'œuvre au-dessus du col, c'était des femmes. Et comme je vois (bien après mon retour) que l'ONG norvégienne a fait de la pub pour ce fait, pas de raison de le cacher. Au contraire ! Elles ont été formées en 2014, et avant de partir en mission sur le terrain, elles avaient reçu, à l'occasion de la Journée internationale de la femme le 8 mars 2015, les félicitations du président du Tadjikistan.

mercredi 24 juin 2015

Dushanbe, deuxième départ

J'ai profité de la maison de Véronique et de la compagnie des nombreux cyclo-voyageurs qu'elle héberge pour "recharger mes batteries".

(+) Muboraksho Mirzoshoev : "Эй модак лай лай"

Dushanbe. Chez Véro Véronique a vécu dans des endroits encore moins touristiques et confortables que le Tadjikistan (Bosnie pendant la guerre des Balkans, Mauritanie, Rwanda, Bangladesh...), et contribue à rendre meilleur ce monde pas toujours tendre. Elle accueille simplement et généreusement des voyageurs de tous horizons. Les discussions autour de la table de la terrasse sont agréables et passionnantes.

Dushanbe. Zelyonyi bazar.

J'ai aussi traîné un petit peu en ville. Je repars en taxi jusqu'à Obi Garm demain, j'y prendrai peut-être le bain chaud qui nous faisait tant envie il y a 3 jours, et après, la route pour monter au col Khaburabod deviendra une piste caillouteuse et poussiéreuse. "Тoҷикистoн так" Dushanbe, avenue Rudaki. Fosse accessible PMR...

Pendant ce temps, à Istanbul, l'opération pour réparer l'épaule et la main droite de Susanne s'est bien passée (4h d'anesthésie, c'était une sacrée gamelle finalement...). 2ème étape du rapatriement prochainement.

NDLR : en fait, l'opération s'est bien passée pour la main mais la plaque sur la clavicule a été mal posée. Opération de nouveau en novembre à Grenoble...

lundi 22 juin 2015

La plus mauvaise journée du voyage ?

Ça commençait pourtant bien : une bonne nuit dans une petite oshkhona (littéralement, maison où on mange la soupe) dont la propriétaire nous a gentiment hébergées, du soleil, l'air lavé par l'orage de la veille, presque pas de vent, un beau paysage, une bonne route. M41. Qala i Nav Bonne, mais traître. Dans la descente sur la petite station thermale d' Obi Garm, un méchant nid de poule isolé a fait chûter Susanne. Une brève visite à l'hôpital local nous montre à quel point le système de santé est démuni au Tadjikistan : dans cette bourgade d'environ 8000 habitants à 100 km de Dushanbe, il n'y a même pas de quoi passer une radio. L'ambulance est un simple microbus avec une civière artisanale posée par terre à l'arrière. Nous prenons donc un taxi pour Dushanbe. Début de la fin. Taxi Obi Garm - Dushanbe.

La radio, faite au moyen d'un appareil d'occasion avec plaques photo à l'ancienne, ne laisse hélas aucun espoir d'amélioration rapide : fracture de la clavicule avec un déplacement de près de 2 cm. Nous changeons d'hôpital pour prendre l'avis du médecin de garde à l'hôpital privé iranien de Dushanbe, établissement recommandé sans hésitation par Véronique, une Française qui travaille au Tadjikistan depuis 2012.

Le médecin de garde est un jeune cardiologue, il décrit la radio de l'épaule par téléphone au collègue traumatologue en congé. Le traumatologue propose de revenir demain pour opérer, et en attendant le médecin de garde n'a qu'une injection d'antalgique, même pas de quoi poser une attèle provisoire. Nous sommes pourtant dans le meilleur hôpital civil de la capitale...

Alors on sort le joker : Susanne appelle IMA - MAIF Assistance. Après quelques échanges téléphoniques, la suite du programme est prête : rapatriement par le premier avion pour Istanbul cette nuit. On va se reposer un peu, emballer le vélo et réorganiser le contenu des sacoches chez Véronique. À 3 h du matin, le taxi pour l'aéroport nous embarque. J'aide Susanne jusqu'à l'enregistrement de ses bagages, et je retourne chez Véronique. J'aurai le temps sur la route de réfléchir à des variantes d'itinéraire moins "engagées", pour cycliste seul dans les hautes vallées du Pamir.

samedi 20 juin 2015

Nos débuts sur la route M41

Dans la nomenclature des routes de l'ex URSS, les routes en "M" sont les "magistrales", l'équivalent de nos RN à l'échelle d'un continent. M41 entre Dushanbe et Vahdat La M41 est la route du Pamir. Elle est presque entièrement tadjike, mais va de Mazar e Sharif (Afghanistan) à Osh (Kyrgyzstan), d'où est prévu notre vol retour en août. On a mis un peu de temps à démarrer de Dushanbe, il faisait déjà chaud. Pendant notre pause déjeuner-sieste sur le taptchan ombragé d'un minuscule restau, Niko nous a rattrapées et a lui aussi fait une pause. Après une vingtaine de km, la M41 se déleste du plus gros de son trafic qui part plus au sud, et le paysage devient joli. M41 entre Vahdat et Fayzobod Notre premier bivouac près de Fayzobad a été perturbé par un vent à décorner les guidons de VTT. On était bien dans notre tente, mais la toile était bruyante... M41 entre Qala i Nav et Obi Garm Le lendemain, ce vent a continué à souffler jusqu'à un petit orage en fin d'après-midi. Et bien sûr, c'était du vent de face. Résultat : alors que la route était bonne et le dénivelé faible, on a dû faire du 6 km/h de moyenne, en appuyant bien sur les pédales...

vendredi 19 juin 2015

Dushanbe

Dushanbe, capitale du Tadjikistan, donne plutôt l'impression d'une ville de province, pas très belle mais assez agréable avec ses arbres et ses avenues très ombragées. L'entrée nord, où se trouve la gare routière des taxis pour Khudjand et la vallee de Zeravshan, est tout près de la grande cimenterie et de sa collection de fresques en carrelage. Entrée nord de Dushanbe. Fresques de la Sement Zavod.

(+) Rustan Isoev : "Повсюду со мной ты Душанбе"

Les vacances scolaires ont déja commencé en Ouzbékistan mais ici pas encore : on ne voit pas encore de jeunes se baigner dans les fontaines de la ville, comme pendant l'été 2012. Dushanbe. Centre-ville, avenue Rudaki. Le ramadam va commencer mais ça ne devrait pas poser de problème, seulement une partie des tchaïkhanas ou restaurants seront fermés à midi.

Au petit hôtel Greenhouse conseillé par un Australien croisé à Samarqand, je retrouve par hasard Alexia et Daniel, et Jeff et Xavière. Je fais la connaissance de Niko, un Autrichien qui voyage avec un prototype de vélo équipé Pinion + courroie. Susanne me rejoint, et doit attendre 2 jours que l'OVIR veuille bien l'enregistrer et lui rendre son passeport. Je profite de cette pause pour changer les freins et la chaîne de mon vélo. Dushanbe. Kiosque-boucherie près du TSUM On s'offre un dernier délicieux repas dans un restau géorgien cher (10€ par personne pour le repas, sans compter le vin), on remplit les sacoches avec de la nourriture qui résiste à la compression et à la chaleur. Je complèterai peut-être cette page avec quelques photos plus tard. Pour l'instant, on va essayer de rouler un peu en direction du col Khaburabot et du Pamir avant la grosse chaleur du début d'après-midi.

jeudi 18 juin 2015

Touriste-mehmon

Dans la vallée de Zeravshan, je n'ai pas beaucoup usé ma tente : la première nuit, le conducteur du taxi-marshrutka m'a déposée devant une mehmonkhona (un petit hôtel) vu qu'il était déjà plus de 22h quand nous sommes arrivés au pied du col Shakhristan à Ayni. J'ai eu la désagréable surprise de découvrir que le tarif pour étranger est 2 à 3 fois celui pour les Tadjiks. Mais toutes les autres nuits, j'ai été invitée chez l'habitant.

(+) Nigina Amonkulova : "Модарам"

Zeravshan. Hazrat i Langar.

Tchaï à Hazrat i Langar.J'ai passé une demi-journée en amont d'Ayni. J'ai pris le thé à Hazrat i Langar chez l'institutrice de ce petit hameau. Son fils m'a interceptée au sommet d'une montée pour me faire visiter un petit mausolée et la mosquée. Il a travaillé 9 ans en Russie puis est revenu vivre ici à la mort de sa grand-mère. Il se contente de ce que le jardin produit.

Kushikat. Petit-déj sur le taptchanEn aval d'Ayni, je suis repassée à Khushikat et j'ai voulu rendre visite à 2 de mes hôtes de 2012. Je n'ai pas revu Abdurahmon : un de ses voisins m'a appris qu'il est parti avec son fils travailler en Russie, sa femme et sa belle-fille ont mis en location la maison avec son grand verger. J'ai revu Gulmira, qui se trouve être la belle-fille de ce voisin. Son mari travaille toujours en Russie, et elle a maintenant un fils de 2 ans qui a les mêmes yeux bleus qu'elle. J'ai pris le thé et un copieux goûter chez ses beaux-parents avant d' être invitée chez ses parents. Le frère et le beau-frère de Gulmira travaillent aussi en Russie.

Shurcha. Tchaï avec Souraya, Mino, Khadisa et Anakhson.Après une dure journée de vélo (route délabrée et poussière du chantier), j'ai été invitée à prendre le thé à Shurtcha chez Suraya, une des 3 sœurs de Khadisa. Le mari et les 3 beaux-frères de Khadisa travaillent en Russie.

shurcha. Sipargis et une camarade de classe.. L'ambiance était très conviviale : j'ai finalement passé 2 jours avec Khadisa et ses 4 enfants Sipargiz, Mino, Arash et Anakhson. J'ai été choyée pendant que je soignais la tourista chopée la veille chez Gulmira (boulettes de viande hachée, dans une maison sans frigo...). C'était rustique (un seul robinet dans le jardin donnait de l'eau seulement 2 h chaque matin) mais l'accueil était aussi agréable qu'en Iran.

Khadisa parle très bien russe et complète sa formation pour devenir prof. Ses 2 filles de 16 et 13 ans passent leurs exams de fin d'année, elles ont 5/5 dans toutes les matières. Mais Khadisa n'a pas de quoi leur payer une inscription à l'université. L'aînée Sipargiz parle déjà bien russe et retient tout ce qu'on lui dit ; la cadette Mino aime lire la littérature persane en VO et connaît les chanteurs à la mode en Iran.

Shing, vallée des Haft Kul.

Shing, vallée des Haft Kul. Une activité familiale et ludique : lavage de tapis. Après Shurtcha et une rapide visite de Penjikent, je suis montée dans une petite vallée transverse pour voir les Haft kul, les Sept Lacs. Et là, c'est Khosim qui m'a interceptée peu avant que je trouve un coin pour bivouaquer. J'ai logé chez lui 2 soirs et j'ai pu monter jusqu'aux lacs en laissant mes 4 sacoches chez lui.

Zeravshan. Route A372 et taxi. Et à la fin de cette excursion, Khadisa m'a envoyé un de ses amis conducteur de taxi qui partait pour Dushanbe. C'est dans son gros 4x4 8 places que j'ai franchi le fameux tunnel Anzob. Il est en tellement mauvais état qu'il va fermer 3 mois pour travaux cet été : le trafic devra repasser par l'ancienne route du col...

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