Remontée des vallées de Vakhsh et Rasht

Les transmissions internet via ma carte SIM tadjike sont un peu poussives dans les montagnes, je vous ferai une mise a jour digne de ce nom prochainement, peut-être. J'ai enfin fini la longue montée vers le col Khaburabot (3253m), parfois confondu avec le col voisin de Sagirdasht sur certaines cartes. La "route" était bien pourrie mais bien belle.

Col Khaburabot 3253 m

Manizha Davlatova: "Ватан"

Mise à jour du 6 juillet : aaah, ça y est. Je suis à Khorog, chef-lieu de la région du Badakhshan. Et y a du wifi avec une bande passante décente dans le gîte où je vais prendre 1 ou 2 jours de repos. Livraison de photos !

J'ai démarré lentement, après une douche à l'eau de source chaude à Obi Garm et une averse pendant laquelle je suis restée dans ma petite chambre d'hôtel pas chère (sans WC, fallait aller à ceux des "bania" en face, fermés de 22h à 7h).

Vallée de Rasht près de Tavildara

Après le site de construction du barrage de Roghun et une mine à ciel ouvert, la vallée de Vakhsh s'élargit un peu et le paysage est varié.

Vallée de Vakhsh entre Obi Garm et Nurobod

Entre les formations rocheuses, elle est verdoyante et très agricole. Les torrents creusent des sillons qui se ravinent rapidement, en emportant au passage des portions de route, sommairement refaites au bulldozer après chaque chute de pierres ou coulée de boue.

Vallée de Vakhsh entre Obi Garm et Nurobod

M41. Premier gué d'une longue série Les traversées de ruisseaux ou torrents se font plus souvent à gué que par des ponts. Je chausse régulièrement mes sandales Vibram pour pouvoir pousser le vélo sur les galets ou dans la boue des gués (une bonne douzaine de gués en 100 km). Comme ça le soir, quand il commence à faire frais, j'ai des chaussures fermées sèches. Bref, "route" pourrie et difficile, mais il y a tellement peu de trafic que c'est agréable.

Gué + torrent qui emprunte la route sur quelques dizaines de m.

Pas grand chose de très appétissant dans les minuscules magozan des villages le long de la "route", et les quelques oshkhonas étaient souvent fermées (à cause du ramadan, ou abandonnées)

Arrivée à Tavildara. Bientôt la M41 va quitter la vallée pour monter vers le col Khaburabod

mais j'ai jusqu'à présent mangé 2 fruits ou légumes par jour : concombre et tomate, ou carotte et abricot, ou pomme et mûres glanées sur un arbre...

Au dessert, des mûres ! Bivouac au pied d'un grand mûrier entre Childara et Tavildara

Ici ce sont des mûres blanches, un peu moins parfumées que celle des buissons des Alpes, mais ça se laisse bien manger.

Juste avant Lab i Jar. La route M41 quitte la Vakhsh

J'ai même mangé une fois de la pastèque, chez Ganjila et ses beaux-parents. Je m'étais réfugiée sous un griottier pendant une averse, j'ai vu arriver Olivier, un cyclo-voyageur grenoblois qui devrait bientôt terminer son tour du monde sans transports motorisés, en 7 ans. Et comme à la fin de l'averse il faisait presque nuit, on a fait mine de chercher où on pourrait planter nos tentes dans le village. On s'est retrouvés invités chez les propriétaires du griottier.

vallée de Rasht, village en amont de Tavildara. Ganjila

Ganjila est une belle jeune femme aux yeux verts. Elle a 22 ans et aurait aimé devenir infirmière, mais elle vit, comme le veut la tradition (les vallées de Vakhsh et Rasht ont la réputation d'être très conservatrices), chez ses beaux-parents. Son mari travaille dans le bâtiment en Russie, et elle passe ses longues journées à s'occuper de sa fille, du jardin, des vaches, de la maison, et de ses beaux-parents. Son beau-frère l'aide mais dans 1 mois, il partira travailler en Russie. L'argent que les émigrés tadjiks envoient au pays représente environ 40% du PIB du Tadjikistan...

Vue sur la vallée de Tavildara depuis les alpages entre Saferodon et le col Khaburabod

Que dire d'autre de cette longue montée ? A midi la veille du passage du col, j'ai été invitée à prendre un thé, accompagné de pain frais et yaourt maison, dans une ferme où toute la famille jeûnait pendant le ramadan (les voyageurs, même musulmans pratiquants, ne sont pas tenus de jeûner). Mes mollets ont été dévorés par d'affreuses petites mouches qui piquent.

Bicoques abandonnées dans les alpages.

Et au col, où j'ai été rejointe par Hugo et Begonia, 2 cyclistes basques espagnols, nous avons croisé des 4×4 blancs d'une ONG humanitaire norvégienne et des équipes de démineurs au travail. Le Kosovar qui encadrait les démineurs tadjiks nous a demandé de ne pas publier les photos que je m'étais empressée de prendre. Ces mines sont des restes de la guerre civile qui a ravagé le Tadjikistan au début des années 90, après l'éclatement de l'URSS.

Bivouac à 3000 m, versant nord du  col Khaburabot

Mise à jour, décembre 2016 :

Le Kosovar démineur-en-chef ne voulait pas que je publie les photos de son équipe au travail. Pourtant, le fait que ce secteur était miné est connu depuis belle-lurette : c'était une ligne de front dans les années 90. Le fait que le Tadjikistan a eu besoin d'aide internationale pour déminer, et que ces opérations prennent du temps, ce n'est pas un scoop non plus.

Déminage en cours : chapeau mesdames ! Mais ce jour-là, j'avais remarqué un détail inhabituel : alors qu'on venait de remonter une vallée très "conservatrice" (de petits groupes armés islamistes y étaient actifs pendant la guerre civile), l'équipe de démineurs tadjiks à l'œuvre au-dessus du col, c'était des femmes. Et comme je vois (bien après mon retour) que l'ONG norvégienne a fait de la pub pour ce fait, pas de raison de le cacher. Au contraire ! Elles ont été formées en 2014, et avant de partir en mission sur le terrain, elles avaient reçu, à l'occasion de la Journée internationale de la femme le 8 mars 2015, les félicitations du président du Tadjikistan.

Annexes

Commentaires

1. Le 24 mai 2017, 22h18 par moi-même

autre mise à jour : j'ai revu Olivier Peyre à l'excellent festival Vél'osons, à Chambéry au mois d'avril. Il est rentré en 6 mois depuis le Tadjikistan où nous nous étions rencontrés. Il a animé une soirée en parlant de son tour du monde avec beaucoup de modestie et d'humour. Une belle leçon de vie. Pour situer le bonhomme : il a quitté un poste d'ingénieur en mécanique pour voyager pendant 7 ans, sans "sponsors" (il a travaillé en route pour renflouer les caisses), à vélo et en voilier-stop, avec son parapente sur le porte-bagages.

Son site web : http://www.enrouteavecaile.com/inde...
et sa page Fesbouk : https://www.facebook.com/Enrouteave...
et le site du festival Vél'osons : http://www.velosons.fr/

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