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mardi 25 août 2015

Après moi le déluge

Maintenant que je suis sortie du Tadjikistan, je peux vous en dire un peu plus que ce que raconte le site officiel que vous avez très très bien fait de ne pas consulter : les "conseils aux voyageurs" du ministère des affaires étrangères semblent avoir pour principal but de vous inciter à rester cloîtrés en France pendant toutes vos vacances. C'en est une honte, à quel point ce site manque d'objectivité pour certains pays (en particulier l'Iran), et tarde tant à mettre en ligne des mises à jour quand un problème est réglé... Mais il y a quand même eu quelques perturbations dans le Badakhshan tadjik cet été.

Pont frontalier d'Ishkashim et site du marché tadjiko-afghan

Pont et poste-frontière fermé à Ishkashim. Comme la plupart des voyageurs, je serais bien allée faire une petite visite au marché transfrontalier tadjiko-afghan d'Ishkashim qui a habituellement lieu le samedi. Hélas lors de mon passage, un vendredi en début d'après-midi, le pont sur la rivière Pyandj était fermé et on m'a dit qu'il n'y aurait pas de marché.

J'ai appris un peu plus tard que cette fermeture faisait suite à un affrontement entre sunnites afghans et ismaëliens pamiris un précédent jour de marché il y a quelques semaines. Mais différentes explications ont circulé, difficile de savoir laquelle était la plus vraie... Ce qui est sûr, c'est qu'un petit groupe armé de talibans s'est installé à une cinquantaine de km à l'ouest de Khorog, au bord du lac Shiva.

Garde-frontière revenant de la cueillette d'abricots Patrouille de garde-frontière dans le corridor de Wakhan Un peu plus en amont dans la vallée, une patrouille de garde-frontières m'a offert des abricots (mes derniers fruits frais pour 3 semaines), mais le lendemain matin, constatant que j'avais bivouaqué dans un champ avec une belle vue sur la rive afghane, le chef m'a expliqué qu'il ne voulait pas que des touristes bivouaquent à portée de fusil de l'Afghanistan. Parfois les patrouilles délogent les cyclo-campeurs, mais il y a suffisamment peu de soldats par km de route pour qu'on puisse la plupart du temps bivouaquer tranquilles et sans risque (les Talibans ne sont encore jamais arrivés à s'installer dans le corridor de Wakhan).

Région frontalière désertique entre Langar et Kargush Quelques jours plus tard, peu après Langar, j'ai rencontré une autre patrouille de garde-frontière dont l'officier était fort embarrassé : un de ses soldats avait disparu, sans bagages mais avec arme. Ce jeune officier m'a demandé si j'avais des jumelles, il m'a emprunté mon monoculaire quelques instants, a scruté les environs, et me l'a rendu en m'expliquant, l'air résigné, que s'il ne retrouvait pas son soldat, il irait au trou. Le lendemain matin, ils ratissaient encore le secteur à la recherche du soldat disparu.

Cantonnier tadjik dans un camion tout-terrain Ensuite, j'aurais bien aimé revenir d'Alichur à Khorog en taxi collectif pour voir le festival international de folklore pamiri "Le toit du monde". Hélas, cet été le Gorno Badakhshan a été plus durement touché que les années "normales" par des inondations et glissements de terrain, car à la fonte des neiges et glaciers s'est ajoutée une quantité inhabituelle de pluie. La route M41 a été coupée en aval et en amont de Khorog : un pont cassé (mais assez rapidement réparé) près de Vanj, et un énorme glissement de terrain près de Barsem, qui a coupé non seulement la route mais aussi le cours de la rivière Gunt, provoquant la formation d'un petit lac à la stabilité incertaine... M41 à l'ouest d'Alichur : déviation, route coupée à 180 km

Convoi de ravitaillement contournant la coupure de la M41 via Kargush D'autres petites routes ou pistes transverses ont été coupées, et les passages de gué étaient parfois difficiles. J'ai rencontré des touristes tchèques dont le 4x4 est resté coincé une journée complète dans un gué au sud-est d'Alichur : ils ont marché jusqu'à la M41 pour demander le secours d'un camion.

Des dizaines de maisons ont été endommagées et évacuées. Le président tadjik est venu se montrer à Khorog en hélicoptère et a décrété l'état d'urgence dans le GBAO. Du coup, le festival 2015 a été annulé. En fouillant sur le net, je découvre qu'il a finalement été reporté d'un mois, donc a eu lieu peu après mon retour en France. C'est un moindre mal.

Route M41 au nord-est de Murgab après les orages de début août Enfin, d'autres orages dans l'est du Pamir ont provoqué des glissements de terrain près de Rangkul et une rupture de pont près de Murgab. Le festival de jeux équestres At Chabysh de Murgab a lui aussi été annulé cette année.

Dernières étapes au Tadjikistan

Après Karakul, il ne reste guère plus de 100 kilomètres à parcourir avant de quitter le Tadjikistan. En fait, on le quitte progressivement, puisque depuis Alichur, la population — très clairsemée — est majoritairement kyrgyze.

(+) Shantell : "Қош жылдыз"

Cimetière kyrgyze peu après Karakul

Rubarbe sauvage près du lac Karakul Plus que 2 cols au-dessus de 4000 m : Uy Buluq et Kyzyl Art. Je me déleste de mes derniers somonis tadjiks en les échangeant contre les derniers soms kyrgyzs de Gaël, un cyclo-voyageur français qui a travaillé 6 mois à Bishkek avant de reprendre la route en direction de Dushanbe, via le Pamir. Je fais une autre rencontre surprenante peu après : je revois le grand cyclo-voyageur genevois Claude Marthaler, alias le Yak, que j'avais rencontré à Khorog, mais cette fois il est en voiture ! Il retourne à Murgab avec un caméraman de la RTS pour faire un reportage sur le festival de jeux équestres qui devrait s'y dérouler dans 2 jours.

Lac Karakul vu depuis la montée au Uy Buluq Le premier col est presque facile, malgré un raidillon juste au nord du lac Karakul : il n'est qu'à 300 m plus haut que le lac, et la route est encore asphaltée. Presque, car dans mon sens de parcours, le vent dominant est de face et souffle bien fort... Le paysage commence à devenir vraiment très minéral, à l'exception d'un petit alpage assez vert juste au sommet du col Uy Buluq où je bivouaque sans le savoir à moins de 200 m d'un camion en panne.

Baboy et son camion en rade depuis 5 jours Le lendemain matin, dernière rencontre tadjike : Baboy, le chauffeur du camion en rade après le virage suivant, vient me proposer le thé. Il trouvait le temps long : il est là depuis 5 jours. Après la panne, quand il a constaté qu'il ne pouvait pas réparer, il a fait 4 km à pied car il savait qu'on captait de nouveau du réseau GSM un peu avant le lac Karakul, et depuis, il attend la livraison de pièces de rechange qui devraient arriver aujourd'hui par un autre camion. Baboy est un ex militaire en retraite. Il a servi en Afghanistan du temps où le Tadjikistan était soviétique, et continue à s'y rendre régulièrement pour livrer des marchandises en camion, car rester inactif chez lui l'ennuie. Quand je lui demande si ce n'est pas dangereux, il répond simplement "J'ai l'habitude". Il insiste pour m'offrir du pain (alors qu'il m'en reste), je le remercie en lui proposant une petite poignée de fruits secs, et il m'aide à pousser mon vélo dans le gué juste derrière le col.

Le tronçon de route entre Uy Buluq et Kyzyl Art est désertique et très dépaysant. Markansu, large vallée désertique de entre les cols Uy Buluq et Kyzyl Art De hautes montagnes aux roches colorées par divers minerais encadrent des fonds de vallées plats assez larges. Le vent (encore de face) soulève poussière, sable et sel, et génère des mini-tornades qui se déplacent de part et d'autre de la route, laquelle redevient piste au moment de monter au Kyzyl Art (4280m).

Zone désertique entre Uy Buluq et Kyzyl Art, district de Murgab

Kyzyl Art, 4282m. Dernières vues sur le Pamir tadjik Enfin, en fin d'après-midi, alors que je commençais à douter de pouvoir passer le Kyzyl Art avant la nuit, j'aperçois la ligne de crête de roche rouge qui annonce le col (kyzyl, en kyrgyze, c'est rouge) et j'arrive au poste frontière, puis à la frontière juste au col, 2 km plus haut. A la fois soulagée d'en finir avec la traversée des hauts plateaux du Pamir, et triste de quitter le Tadjikistan.

samedi 22 août 2015

Karakul, le lac noir turquoise

Traces de yourtes au pied du col Ak-Baïtal A partir de la descente du col Ak Baytal sur Karakul, j'ai enfin eu du beau temps ! Et les paysages étaient grandioses. Pic Muzköl (6129m) vu depuis la M41 peu avant Karakul A vrai dire, cette grandiositude est difficile à rendre en photo. De même que la rapidité avec laquelle les éclairages changent. Lac Karakul et lumières de fin d'après-midi

Photo à la con... Cycliste et tête de yak Cycliste en tenue anti-coup-de-soleil Faut bien que les cyclistes qui se fatiguent sur la M41 avec le vent de face, en bouffant des nouilles tous les jours, aient un petit avantage sur vous, qui regardez les photos depuis votre fauteuil...

Lac Karakul (3920m) Ak en kyrygze, ça veut dire blanc. Kara, c'est noir ; Karakul signifie "lac noir", mais souvent, il a une belle couleur turquoise. Karakul, lac et entrée du village

Karakul, centre-ville en début de matinée (+) Asankan Jumakmatov : "Кыргыз оймолору"

Karakul est aussi le nom du village perdu au bord de ce lac, à 3900 m d'altitude. On se demande ce qu'il fait là, car à part une source d'eau potable et un superbe paysage, il n'y a vraiment pas grand chose d'attractif. Le lac est trop salé pour contenir des poissons comestibles, aucun fruit ou légume ne pousse dans le secteur, et l'herbe est trop maigre pour nourrir les yaks qui sont en alpage "assez loin".

Douches du gîte Saadat à Karakul Saadat, Kyrgyze tadjik de Karakul. Mais il y a une caserne, et 3 maisons ou yourte d'hôte pour les touristes de passage, dont la chaleureuse maison de Saadat avec sa confortable douche (faut juste demander 1 h à l'avance pour qu'il fasse chauffer les bassines sur le poële carburant à la bouse de yak).

jeudi 20 août 2015

Le col le plus haut

Difficile de se motiver pour les dernières mises à jour quand on n'est plus en voyage. Mais bon, je ne vais pas vous priver des plus belles étapes du Pamir...

Pont devenu gué suite à des orages On en était donc à Murgab et son pont cassé. J'ai eu de la chance au passage du gué : j'allais commencer à me mettre à l'eau bien boueuse un peu en amont de l'effondrement, là où la rivière était plus large donc a priori moins profonde et/ou avec un courant moins fort.

Sauvée par un camion de cantonniers ! Et là, un camion tout-terrain kaki de l'ex Armée Rouge acheminant une équipe de cantonniers est arrivé, et m'a transportée jusqu'à la sortie de la zone inondée.

Shantell : "Өмүр"

Après, yavaipluka monter tout doucement jusqu'au col Ak Baytal, le plus haut du trajet (4655m).

Entre Murgab et Ak Baytal. Arc-en-ciel en fin d'averse.

On longe sur des dizaines de kilomètres une longue clôture barbelée qui délimitait la "zone neutre" entre ex URSS et Chine, elle est située à environ 15 km de la frontière proprement dite. Vallée de l'Ak Baytal et clôture URSS / Chine.

Bivouac à 4300m avec des Biélorusses entre Murgab et Ak Baytal J'ai bivouaqué avec 2 cyclistes biélorusses dans un emplacement de bivouac *** que j'avais repéré avec ma petite longue-vue avant de voir leur tente. Anatoliy et Anya prévoient de rouler de Bishkek jusqu'au Caucase en 3 mois, c'est un rythme nettement plus sportif que le mien !

Point culminant de mon parcours : col Ak Baïtal, 4655m

Ak Baytal 4655m : et de 3 (cols à + de 4000m)Le lendemain j'ai franchi les 5 derniers km à moins de 3 km/h de moyenne, sous une petite pluie fine et fraîche.

Et j'ai interrompu le long tronçon de tôle ondulée de la descente vers Karakul en installant le bivouac dès 15h30 dans un emplacement *** aussi, avec Wicka et Paul, 2 hollandais qui commencent un voyage de 6 mois dans le Pamir puis en Chine. Bivouac à 4300m avec des Hollandais entre Ak Baytal et Karakul

Entre Ak Baïtal et Karakul

dimanche 16 août 2015

Murgab, district des yaks

Route M41 , sortie Est d'Alichur

Ynak Osmonaliev : "Айлуу Кеч"

Le long de la route M41 à l'est d'Alichur

Sur la route M41 peu après Alichur J'aurais du mal à expliquer pourquoi, mais rouler à vélo sur les hauts plateaux de cet immense massif est assez planant. C'est un grand plaisir de glisser tranquillement sur les faux-plats (même s'ils sont parfois montants...), en regardant défiler les sommets en arrière-plan.

D'Alichur à Murgab, la route M41 est encore en bon état et il n'y a qu'un petit col peu pentu (un "+ de 4000" facile, super ! ). J'ai failli bivouaquer au col Naïzatash, c'était beau.

Col Naïzatash 4137m

Yourte-stay à Mamazaïr.Mais comme il était encore tôt, et que les nuages noirs du sud semblaient vouloir se rapprocher, j'ai continué jusqu'à Mamazaïr, où ma carte indiquait un petit village avec homestay. En guise de village il y a 3 maisons et une yourte. Mais on peut effectivement être hébergé au choix dans une des maisons ou dans la yourte. J'ai opté pour la yourte. La famille d'accueil m'a préparé un thé avec pain et yaourt de yak, puis un plov. Mamazaïr : 3 maisons et 1 yourte.

J'ai profité des beaux éclairages de fin d'après-midi et j'ai assisté à la traite des yaks. C'est un peu plus sportif qu'avec les vaches. Il faut amorcer la pompe en laissant le bébé yak téter un petit peu, puis lui ôter les pis de la bouche pour traire la mère, à qui on a préalablement entravé les pattes. Et un bébé yak, c'est moins docile qu'un veau et ça devient vite costaud... Traite des yaks à Mamazaïr

Ensuite, comme presque chaque nuit, il a plu. La yourte a un peu pris l'eau, mais pas du côté où mes hôtes avaient installé mon couchage. Après le petit-déj au shir tchaï, la maîtresse de yourte m'a massé le dos pour que je sente moins ma petite douleur dans l'épaule droite (le côté de la soudure du porte-bagages).

Gorges à l'ouest de MurgabLe lendemain je suis arrivée tranquillement à Murgab, je me suis posée dans l'hôtel qui avait des douches chaudes et un restau correct. Je me suis accordé 2 jours de pause, j'ai fait un peu de shopping au bazar (2 briquets, 3 carottes, un concombre, des boules de kurut pas trop dures...) en compagnie de Kay, une énergique cycliste japonaise qui traverse le Pamir en sens inverse du mien, et qui m'a appris qu'un pont venait de casser au nord-est de Murgab. Murgab Suite au prochain épisode. Yaks dans la vallée entre Ak Baytal et Karakul

Alichur, première petite ville kyrgyze

Après plus de 140 km de piste pénible entre Langar et Bulunkul, quel soulagement de retrouver un grand tronçon de M41 asphalté ! La route a un peu souffert du niveau inhabituellement élevé des eaux des torrents cet été, mais la signalisation routière s'est rapidement adaptée. M41 près d'Alichur. Signalisation tadjike typique Soulagement aussi de trouver un restaurant dès l'entrée d'Alichur, et un poste de soudure chez un voisin de Taygabek, le sympathique et accueillant berger kyrgyze propriétaire du homestay Marco Polo. Alichur en fin d'après-midi

Alichur. Préparation du poste de soudure pour ma fourche. Le poste de soudure à l'arc était alimenté par un groupe électrogène qui fumait bien noir, et le gars soudait sans lunettes... Mais bon, ça marchait pour l'acier, j'ai pu faire ressouder l'œillet de fixation du porte-bagages avant droit. Il était temps : pour éviter que ça craque en route, j'ai fait les 50 derniers km avant Alichur avec la sacoche avant droite sanglée sur le porte-bagage arrière et le sac à dos de la tente sur mes épaules. Conduire un vélo ainsi déséquilibré sur une piste qui secoue, c'est très inconfortable, j'ai chopé une tendinite dans l'épaule droite...

NDLR après retour en France : en fait ce n'était pas qu'une tendinite. J'ai dû malmener un peu le disque entre les vertèbres C6 et C7.

Alichur, gîte Marco Polo. Banya, côté machinerie Alichur, gîte Marco Polo. Banya, côté douche. Pendant ma journée de repos avec cure d'ibuprofène, j'ai pu profiter du banya du homestay Marco Polo, dont plusieurs cyclistes croisés en chemin m'avaient parlé. C'est très rustique, mais parfaitement fonctionnel !

Pour terminer, Alichur n'est pas vraiment une ville. Mais un village où il y a plusieurs minuscules magasins, 2 ou 3 homestays et un hôtel-restaurant, après quelques jours dans le désert d'altitude, c'est presque l'opulence... Bébé yak au parking à Alichur

samedi 15 août 2015

Bulunkul, douche froide et bain chaud

Voilà, j'ai terminé ma traversée des "hauts plateaux" semi-désertiques du Pamir. C'était assez désolé, dépaysant et impressionnant, mais pas franchement plat... Je m'accorde une pause à Osh, dernière étape de ce voyage. Et dernières (?) mises à jour.

Après le col de Khargush on rejoint la route M41 par une piste qui nous donne une belle occasion de méditer longuement sur l'efficacité des phénomènes de résonance responsables de la formation de la "tôle ondulée", puis du fait qu'à vélo, on ne peut pas descendre sur cette fichue "tôle ondulée à plus de 8 ou 9 km/h...

Entre M41 et BulunkulIl n'y a quasiment pas d'alpages sur ce versant. Juste quelques petits lacs salés au bord desquels ça sent la saumure.

Comme j'avais le temps de faire le détour, je suis allée au petit village de Bulunkul pour voir le lac du même nom et le lac voisin Yashilkul. Petit paturage au bord du lac Bulunkul Le village de Bulunkul est habité toute l'année mais il n'y a ni fruits et légumes qui y poussent, ni électricité secteur, ni antenne-relais de téléphone. Bulunkul, centre-ville
Et bien sûr pas d'eau courante dans les maisons, on la tire au puits. Bulunkul, centre-ville au coucher du soleil avant un orage

Enfants de Bulunkul

(+) Muboraksho Mirzoshoev : "Сабза ба ноз меояд"

Pendant l'heure où il n'a pas plu, le lendemain, j'ai pris des photos des gamins du village (mais pas avec le smartphone, trop lent au déclenchement pour ce type de photos). Curieusement, ce village qui subsiste chichement de l'élevage est encore peuplé de Pamiris tadjiks (ils parlent shughnani, le dialecte de la vallée de Khorog), alors que les villages suivants sont tous majoritairement peuplés de Kyrgyzes.

Le minuscule magasin du village n'a pas grand-chose en rayon, les habitants achètent farine, patates et oignons par sacs de 10 kilos à Alichur, à 40 km, dont 16 km de piste en mauvais état (boue ou tôle ondulée).

Mon refuge pendant les averses à Bulunkul Mais une des familles fait gîte dans une grande maison où 2 pièces sont réservées aux rares clients. Ça tombait rudement bien : j'ai pu passer tranquillement à l'abri une journée complète de pluie fraîche (Bulunkul est à environ 3800m), et la soupe était bonne, avec quelques morceaux de carottes et pois chiches. Recharge d'une batterie d'APN avant l'extinction des feux

J'ai même pu recharger une batterie d'appareil-photo pendant la tranche horaire où mes hôtes faisaient tourner le groupe électrogène (19h30-21h). Mais ça demande un peu de doigté...

Et enfin, il y avait une chouette salle de bains à 6 km : une source chaude avec vue sur le Yashilkul. Le thermostat n'est pas réglable mais en bouchant le trou de la baignoire avec un pied ou une fesse, on peut prendre un bain à une température très agréable. Manque juste une porte pour protéger du vent quand on sort de l'eau... Yashilkul et bicoque-salle-de-bains
Bain chaud au-dessus du Yashilkul

dimanche 2 août 2015

Montée vers les hauts plateaux

Montée au-dessus de Langar : jonction Wakhan - Pamir

Bartang : "Az zu khebo"

Piste Langar - Khargush. Bain de pieds pour deux-roues.

En amont de Langar, on ne suit plus la rivière Pyandj mais une des rivières qui la forment, Pamir, et on abandonne l'autre, Wakhan. Ça commence par grimper sec jusqu'à un balcon avec vue sur l'Afghanistan et sur les nuages gris quotidiens.

Puis on finit par s'en écarter pour une 2ème bonne grimpette en direction du col de Khargush (4344m, c'est "mon premier 4000" à vélo). Montée de Khargush au col. La piste s'écarte de la rivière Pamir et du Petit Pamir afghan.

La redescente vers la route M41 est assez aride. Petit lac salé juste avant le col de Khargush

Pendant environ 130 km, les seules habitations sont 2 bâtiments de garde-frontière et quelques bicoques délabrées parfois utilisées en été comme abris par des bergers et leur troupeau (ça fleure bon le crottin).

Zora et sa petite sœur. Pour la photo, Zora a tenu à poser avec un cahier d'école. C'est ainsi qu'au réveil lors de mon dernier bivouac avant le col, à 4200m, j'ai eu la visite de Zora (15 ans) et sa petite sœur, 2 écolières promues gardiennes de troupeau pendant les vacances scolaires. Zora a tenu à porter ostensiblement son cahier d'école pour la photo.

Une gâterie : salade de tomate (au singulier) Conformément à la loi de Murphy, c'est ce tronçon quasi désert qu'ont choisi mes 3 briquets à 3 sous (je n'ai pas trouvé mieux après avoir perdu mon super briquet-torche en Iran) pour tomber en panne coup sur coup. Par chance, un couple de voyageurs hollandais en 4x4 m'avait donné une tomate, un concombre et une orange, un garde-frontière m'avait offert un pain au dernier poste de contrôle, et j'avais quelques consommables comestibles sans cuisson.

Damned, la fourche a commencé à se fissurer Et c'est aussi dans ce tronçon que j'ai remarqué la petite fissure qui s'agrandissait au niveau d'un œillet de fixation du porte-bagages avant. Sans doute un effet secondaire de la vis perdue dans une précédente descente qui secouait bien aussi.

Cairn juste avant le col de Khargush. Dernière vue sur le Pamir afghan.

Pyandj, rive afghane

Page publiée bien après mon retour en France, mais je l'insère dans la séquence chronologique pour ne pas semer la confusion.

(+) Homayoun Angar : "Majnun"

Je n'ai pris aucun risque : j'ai juste tourné la bague de mon joujou de luxe (un bridge Leica avec zoom DC Vario Elmarit), et profité du stabilisateur optique qui permet de shooter sans pied aux longues focales. En effet, si le Badakhshan afghan est jusqu'à présent resté à peu près préservé des guerres et des extrémistes talibans qui ravagent l'Afghanistan depuis plus de 30 ans, une mouvance "dissidente" de talibans commence à s'y infiltrer et la culture du pavot refait son apparition (ces 2 fléaux sont corrélés, le trafic de drogue sert à financer l'achat d'armement). Et comme cette région est peuplée très majoritairement de chiites ismaïlis, elle est délaissée par le pouvoir central, si tant est qu'on puisse encore parler de pouvoir central en Afghanistan.

Premier aperçu de l'Afghanistan, face à Qala i Khum

Le premier village afghan en face de ma route était juste en face de Qala i Khum, c'était un village assez important, avec une école, et des écolières en uniforme Ecolières afghanes dans le gros village en face de Qala i Khum

La piste était dans ce secteur en assez bon état, mais malgré cela, très peu de voitures et camions y passaient, on voyait juste des motos avec plusieurs passagers Quasiment pas de véhicules sur la rive afghane, à part quelques motos ou passagère Une burqa à moto sur la rive d'en face, en amont de Qala i Khum

Entre Qala i Khum et Khorog, rive afghane. La piste se réduit parfois à un étroit chemin à flanc de rochers. Plus loin en amont, la rivière Pyandj était plus étroite, le chemin afghan aussi... Par endroits, la vallée se resserrait et on était tout près des bergers Wakhis afghans. C'est d'ailleurs impressionnant de voir comment la rivière Pyandj pouvait être aussi bien une large étendue d'eau aussi calme qu'un lac, ou un gros torrent en furie, et repasser d'un état à l'autre 2 ou 3 fois le long de son cours. Corridor de Wakhan, rive afghane

Les jolies colonies de vacances

En passant à Vrang, j'ai entendu de la musique, alors je suis allée guigner au portail, et on m'a fait signe d'entrer. Coup de bol, c'était la fête du "lager", une colonie de vacances financée par la fondation Aga Khan.

Novobar Chanorov : "Хофизе хилват нишин"

A plusieurs reprises, mes hôtes pamiris m'ont parlé de l'Aga Khan, le guide spirituel des musulmans chiites ismaïlis et leur bienfaiteur. Sa photo trône souvent dans la pièce principale des maisons pamiries. Sans les convois humanitaires de l'Aga Khan pendant la guerre civile des années 90, de nombreux habitants du Badakhshan seraient morts de faim. Vrang (Wakhan). Plov+thé dansant au lager

Jeunes Pamiris à la fête du lager de Vrang La soixantaine de jeunes Wakhis (habitants du corridor de Wakhan) qui passaient un mois de vacances ici avaient préparé le spectacle : chants, danse, récitation de poèmes... Le directeur de la colo m'a proposé une place assise au premier rang après m'avoir forcée à danser un peu. Ah, qu'est-ce qu"il ne faut pas faire pour pouvoir prendre des photos... Vrang (Wakhan). Danse traditionnelle pamirie.

Vrang. Cuisines du lager.Ensuite un des cuistots m'a invitée pour le déjeuner. Il y avait du plov sans carottes, parce qu'il n'y avait plus de carottes en stock.

Et enfin, après le thé, Nozigul m'a offert un pain tout chaud pour la route.

Salles de bain le long du corridor

Ishkashim. Entrée du corridor de Wakhan. La route de Khorog à Langar était fatigante mais moins dure que je ne craignais : la route n'était pas tout le long une piste caillouteuse défoncée, en "tôle ondulée" ou ensablée (c'était même plutôt meilleur qu'entre Qala i Khum et Khorog) ; le vent qui se levait en général l'après-midi me soufflait dans le dos ; et les repas que j'ai pu prendre assez régulièrement dans de petites tchaïkhonas ou chez l'habitant étaient meilleurs qu'à Djavchanguz. J'ai même eu droit à quelques morceaux d'aubergine dans le plat de pâtes aux patates chez Nisso et Guenia à Zumgud, et à de la pastèque à Langar. Mais en amont du corridor de Wakhan, dans les petits magasins des villages, le seul fruit ou légume encore disponible est l'oignon.

Dans une petite tchaïkhana à Bibi Fatima (+) Zafartcha : "Беракса"

Et puis j'ai pu compenser l'absence d'eau courante dans les hébergements par plusieurs bains dans des eaux de source tièdes ou chaudes, à Garm Chashma (littéralement "source chaude"), Avj et Bibi Fatima.

A Garm Chashma, l'eau chaude a laissé tout autour de sa source un gros dépôt de stalactites diversement colorées, c'est joli. Et touristique, mais ce ne sont quasiment que des touristes tadjiks, d'où le tarif dérisoire de l'hôtel où j'ai pris une chambre et mon repas. Garm Chashma. Concrétions autour de la source chaude. Pour les bains dans le bassin chaud en plein air, juste sous la source, il y a alternance hommes/femmes toutes les heures. Garm Chashma. La piscine chaude en plein air.

A Avj, je n'aurais même pas vu les bains si l'institutrice du village précédent (Barshor) ne m'avait pas conseillé de faire ma pause de la mi-journée à l'auberge "Shodi". La pause s'est prolongée parce qu'Obida, la petite-fille du patron, après avoir vu ma tente en photo sur mon smartphone, voulait voir l'engin en grandeur nature dans le jardin. Obida était même d'accord pour me laisser sa chambre et dormir sous ma tente, mais l'averse en fin d'après-midi a rendu ce plan obsolète (à 5€ la chambre dans l'auberge, j'ai préféré replier la tente avant qu'elle soit trempée).

Obida et ma tente dans le jardin de l'oshkhona Shodi à Avj

Puis le grand-père m'a montré le bâtiment des bains juste en face. Je suis allée me prélasser dans l'eau tiède, pétillante et ferrugineuse. Ici, pas de bassin naturel, mais 2 petits bâtiments (un pour les hommes et un pour les femmes) avec vestiaire + petit bassin à l'intérieur.

Enfin à Bibi Fatima, comme à Avj, hommes et femmes peuvent faire trempette dans 2 petits bassins, dans 2 maisonnettes adjacentes. Ruines du fort de Yamchun. Vue du chemin de Bibi Fatima. Mais c'est à 8 km au-dessus de la route : j"y suis montée et redescendue à pied avec une des 8 filles de Khodesho, mon hôte à Tuggoz (rassurez-vous : son 9ème et dernier enfant est un garçon). Ces 16 km à pied m'ont plus fatigué les jambes que les 160 km à vélo des jours précédents...

samedi 1 août 2015

Le plus beau corridor cyclable du monde

Je suis arrivée à transférer patiemment quelques photos pendant ma journée de relâche à Murgab. Reprenons donc le fil : à partir de Khorog, j'ai continué à remonter la rivière Pyandj. Entrée du corridor de Wakhan. En face, l'Hindu Kush A Ishkashim, la rivière fait un coude et sa vallée s'élargit. On arrive dans le fameux "corridor de Wakhan", bordé au sud par l'Hindu Kush, une belle rangée de pics blancs à plus de 6000 m séparant l'Afghanistan du Pakistan. L'Afghanistan fait moins de 30 km de large à ce niveau : je suis passée à 29 km à vol d'oiseau du point culminant de l'Afghanistan, le Noshaq (7492m) situé sur la frontière afghano-pakistanaise. A Khorog, un photographe russe qui séjournait dans le même gîte que moi m'a dit qu'une cordée en avait tenté l'ascension cet été, sans succès (trop de neige).

Près de Namadgut (Wakhan). Bivouac bien humide...

(+) Saboor Tabish : "Badakhshan"

Hélas, à partir d'Ishkashim, le temps s'est gâté et je n'ai quasiment rien vu de l'Hindu Kush. Mais malgré cette météo inhabituellement pluvieuse, ce corridor a de l'allure et est assez varié.

Dunes près de Yamg (Wakhan)

Wakhan. Eclaircie entre Iniv et Shirgin

Et j'ai quand même eu une magnifique éclaircie (2 demi-journées de soleil en une semaine...), que j'ai savourée en compagnie de Julia, Susie, Michael et Matthieu. Entre Vrang et Shirgin. Enfin du soleil et un pic de l'Hindu Kush !

Près de Shirgin (Wakhan). Village cyclo avec vue sur l'Afghanistan.On a aussi savouré ensemble des platées de pâtes dans un sympathique homestay de Langar, où on s'est reposés à l'abri de la pluie avant d'attaquer le col de Khargush.

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