Descente sur Ashkabad

La frontière Iran / Turkménistan sépare 2 mondes très différents. C'était une des frontières entre les sphères d'influence des ex-empires britannique et russe.

Türkmen milli tansymyz : "Küşt depdi" (chœur et danse traditionnelle turkmène)

Côté iranien, population aryenne, langue indo-européenne, alphabet dérivé de l'arabe, riz léger qui ne colle pas, thé noir, moutons comme chez nous, WC propres avec douchette, et accueil chaleureux et prévenant. Côté turkmène, population mongoloïde, langue turcophone, alphabets cyrillique et latin (selon l'âge des panneaux ou du rédacteur, car une récente réforme a introduit l'alphabet latin à la place du cyrillique), riz pilaf plutôt gras, thé vert, moutons à fesses proéminentes, WC parfois réduits à un trou dans le sol, et accueil glacial.

Douane et taxi obligatoire pas gratuit

Alors que les garde-frontière iraniens nous remercient de notre visite et s'inquiétent surtout de savoir si on a bien aimé l'Iran, on sent vite qu'on n'est pas vraiment bienvenus au Turkménistan. 5 contrôles de passeports en 30 mètres, agents aimables comme des portes de prison, et tout ça pour découvrir qu'un oukaze interdit de faire à vélo la belle descente (-1300m de dénivelé) sur Ashkabad car c'est une "zone militaire".

Zone frontalière interdite aux vélos...

Avec Luis, cyclo-voyageur péruvien arrivé juste devant moi, nous boudons le taxi obligatoire payant et trouvons refuge dans le camping-car nantais d'une famille marseillaise fort sympathique (voir leur blog intitulé untouracinq). Pas le bon plan de la semaine : on s'est retrouvés coincés dans le camping-car jusqu'au contrôle des camions aux rayon X, soit un détour de 45 km escortés par un militaire, plus une attente un peu longuette pour cause de jour férié (les pays d'ex-URSS commémorent la fin de la 2e guerre mondiale le 9 mai).

Trajet avec escorte vers le poste de contrôle des camions

Bref, on s'est pointés à la frontière à 8 h mais il est déjà 15h30 quand nous entrons enfin, ébahis, dans Ashkabad (à 55 km et 1300m plus bas).

Ashkabad. Avenue vide pleine de vigiles.

Hymne national turkmène

Ashkabad, centre ville, quartier du palais présidentiel

Luis décide de partir rapidement, il est prêt physiquement et mentalement à traverser tout le long à vélo si nécessaire. La famille Girard et moi, nous partons explorer un peu le centre-ville à la recherche respectivement de gas-oil ou d'une banque avec distributeur de billets.

Les faubourgs ressemblent à n'importe quelle ville d'Asie centrale ex soviétique, à part que les voies express sont plus surdimensionnées, et bordées de lampadaires design impeccablement propres. Mais le centre est juste hallucinant.

Ashkabad. Banque nationale turkmène

Le vaste quartier où se trouve le palais du Respecté Président et toute une tripotée de ministères et autres administrations est surréaliste. On voit une quantité de grands et somptueux immeubles en marbre blanc, construits majoritairement par Bouygues, le long d'avenues très larges et apparemment vides.

Mais en fait pas tout-à-fait vides : on y trouve en moyenne un policier en "uniforme civil" (pantalon noir, cravate, chemise blanche, talkie-walkie à la main) tous les 50 m, de chaque côté de la rue, plus des policiers en uniforme classique devant chaque bâtiment officiel, plus des policiers chargés de la circulation, ou plutôt, d'empêcher la circulation sur les avenues réservées aux véhicules officiels.

Ashkabad, centre-ville. Astiquage du mobilier urbain.

Les seuls êtres humains non policiers peuplant ces rues sont les nombreux employés chargés de l'entretien : balayage des trottoirs, balayage des rues, découpage des brins d'herbe qui dépassent dans les pelouses, astiquage des barrières, des réverbères, et des abribus vides, polissage des monuments. Le tout à la main. Et comme il y a nettement plus de préposés au nettoyage que de passants susceptibles de salir les rues, Une équipe de balayage d'avenues au centre d'Ashkabad le centre-ville est tellement propre qu'on croirait être dans une maquette géante, ou sur une nouvelle planète où la poussière n'existerait pas encore.

Une nana d'un commando-balayage m'a abordée en russe, en passant dans un carrefour pendant que j'attendais le feu vert : son job n'est pas bien payé, mais elle ne trouvait pas d'emploi dans sa ville natale Dashoguz (environ 500 km au nord), alors elle est venue astiquer la capitale.

On n'a le droit de photographier ni les bâtiments du gouvernement, ni les policiers. Et des policiers, il y en a partout, comme sur cette photo, dans le coin en bas à gauche :

Une photo dont l'original a été supprimé sur ordre du vigile

Alors on essaie, soit en poussant le zoom au maximum, soit au contraire en grand-angle ou avec le smartphone en déclenchant sans viser, soit en dupliquant très vite les photos dans un autre coin de carte mémoire avant que le policier le plus proche inspecte les dernières photos pour nous faire effacer ce qui ne lui plait pas.

Ashkabad. 2 étudiantes en uniforme Juste avant la nuit, je me suis éloignée un peu en direction d'une avenue où il y avait de vrais gens sur les trottoirs. Deux étudiantes en uniforme (la couleur varie selon les établissements) m' ont indiqué un restaurant. Il y avait de délicieuses aubergines, de la bière turque, la télé russe et un groupe de femmes qui dansaient, et qu'il ne fallait pas photographier (voir photo suivante). Y avait aussi du wifi mais pas question de donner le code d'accès aux clients étrangers de passage... Féte dans un restau d'Ashkabad

Aprés tout ça, je vais rejoindre le camping-car untouracinq pour la nuit sur le parking de l'hôtel 5* Oguzkent, gratis (je squatte dans leur camping-car, les hôtels acceptant les étrangers sont chers à Ashkabad).

Ashkabad by night

Annexes

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