blog.khushomaded.fr

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

dimanche 2 août 2015

Montée vers les hauts plateaux

Montée au-dessus de Langar : jonction Wakhan - Pamir

Bartang : "Аз зу хебо"

Piste Langar - Khargush. Bain de pieds pour deux-roues.

En amont de Langar, on ne suit plus la rivière Pyandj mais une des rivières qui la forment, Pamir, et on abandonne l'autre, Wakhan. Ça commence par grimper sec jusqu'à un balcon avec vue sur l'Afghanistan et sur les nuages gris quotidiens.

Puis on finit par s'en écarter pour une 2ème bonne grimpette en direction du col de Khargush (4344m, c'est "mon premier 4000" à vélo). Montée de Khargush au col. La piste s'écarte de la rivière Pamir et du Petit Pamir afghan.

La redescente vers la route M41 est assez aride. Petit lac salé juste avant le col de Khargush

Pendant environ 130 km, les seules habitations sont 2 bâtiments de garde-frontière et quelques bicoques délabrées parfois utilisées en été comme abris par des bergers et leur troupeau (ça fleure bon le crottin).

Zora et sa petite sœur. Pour la photo, Zora a tenu à poser avec un cahier d'école. C'est ainsi qu'au réveil lors de mon dernier bivouac avant le col, à 4200m, j'ai eu la visite de Zora (15 ans) et sa petite sœur, 2 écolières promues gardiennes de troupeau pendant les vacances scolaires. Zora a tenu à porter ostensiblement son cahier d'école pour la photo.

Une gâterie : salade de tomate (au singulier) Conformément à la loi de Murphy, c'est ce tronçon quasi désert qu'ont choisi mes 3 briquets à 3 sous (je n'ai pas trouvé mieux après avoir perdu mon super briquet-torche en Iran) pour tomber en panne coup sur coup. Par chance, un couple de voyageurs hollandais en 4x4 m'avait donné une tomate, un concombre et une orange, un garde-frontière m'avait offert un pain au dernier poste de contrôle, et j'avais quelques consommables comestibles sans cuisson.

Damned, la fourche a commencé à se fissurer Et c'est aussi dans ce tronçon que j'ai remarqué la petite fissure qui s'agrandissait au niveau d'un œillet de fixation du porte-bagages avant. Sans doute un effet secondaire de la vis perdue dans une précédente descente qui secouait bien aussi.

Cairn juste avant le col de Khargush. Dernière vue sur le Pamir afghan.

Pyandj, rive afghane

Page publiée bien après mon retour en France, mais je l'insère dans la séquence chronologique pour ne pas semer la confusion.

(+) Homayoun Angar : "Majnun"

Je n'ai pris aucun risque : j'ai juste tourné la bague de mon joujou de luxe (un bridge Leica avec zoom DC Vario Elmarit), et profité du stabilisateur optique qui permet de shooter sans pied aux longues focales. En effet, si le Badakhshan afghan est jusqu'à présent resté à peu près préservé des guerres et des extrémistes talibans qui ravagent l'Afghanistan depuis plus de 30 ans, une mouvance "dissidente" de talibans commence à s'y infiltrer et la culture du pavot refait son apparition (ces 2 fléaux sont corrélés, le trafic de drogue sert à financer l'achat d'armement). Et comme cette région est peuplée très majoritairement de chiites ismaïlis, elle est délaissée par le pouvoir central, si tant est qu'on puisse encore parler de pouvoir central en Afghanistan.

Premier aperçu de l'Afghanistan, face à Qala i Khum

Le premier village afghan en face de ma route était juste en face de Qala i Khum, c'était un village assez important, avec une école, et des écolières en uniforme Ecolières afghanes dans le gros village en face de Qala i Khum

La piste était dans ce secteur en assez bon état, mais malgré cela, très peu de voitures et camions y passaient, on voyait juste des motos avec plusieurs passagers Quasiment pas de véhicules sur la rive afghane, à part quelques motos ou passagère Une burqa à moto sur la rive d'en face, en amont de Qala i Khum

Entre Qala i Khum et Khorog, rive afghane. La piste se réduit parfois à un étroit chemin à flanc de rochers. Plus loin en amont, la rivière Pyandj était plus étroite, le chemin afghan aussi... Par endroits, la vallée se resserrait et on était tout près des bergers Wakhis afghans. C'est d'ailleurs impressionnant de voir comment la rivière Pyandj pouvait être aussi bien une large étendue d'eau aussi calme qu'un lac, ou un gros torrent en furie, et repasser d'un état à l'autre 2 ou 3 fois le long de son cours. Corridor de Wakhan, rive afghane

Les jolies colonies de vacances

Jeunes Pamiris devant le mur d'un sanctuaire entre Zumgud et Vrang En passant à Vrang, j'ai entendu de la musique, alors je suis allée guigner au portail, et on m'a fait signe d'entrer. Coup de bol, c'était la fête du "lager", une colonie de vacances financée par la fondation Aga Khan.

Novobar Chanorov : "Хофизе хилват нишин"

A plusieurs reprises, mes hôtes pamiris m'ont parlé de l'Aga Khan, le guide spirituel des musulmans chiites ismaïlis et leur bienfaiteur. Sa photo trône souvent dans la pièce principale des maisons pamiries. Sans les convois humanitaires de l'Aga Khan pendant la guerre civile des années 90, de nombreux habitants du Badakhshan seraient morts de faim. Vrang (Wakhan). Plov+thé dansant au lager

La soixantaine de jeunes Wakhis (habitants du corridor de Wakhan) qui passaient un mois de vacances ici avaient préparé le spectacle : chants, danse, récitation de poèmes... Jeunes Pamiris à la fête du lager de Vrang Le directeur de la colo m'a proposé une place assise au premier rang après m'avoir forcée à danser un peu. Ah, qu'est-ce qu"il ne faut pas faire pour pouvoir prendre des photos... Vrang (Wakhan). Danse traditionnelle pamirie.

Vrang. Cuisines du lager.Ensuite un des cuistots m'a invitée pour le déjeuner. Il y avait du plov sans carottes, parce qu'il n'y avait plus de carottes en stock.

Et enfin, après le thé, Nozigul m'a offert un pain tout chaud pour la route.

Salles de bain le long du corridor

Ishkashim. Entrée du corridor de Wakhan. La route de Khorog à Langar était fatigante mais moins dure que je ne craignais : la route n'était pas tout le long une piste caillouteuse défoncée, en "tôle ondulée" ou ensablée (c'était même plutôt meilleur qu'entre Qala i Khum et Khorog) ; le vent qui se levait en général l'après-midi me soufflait dans le dos ; et les repas que j'ai pu prendre assez régulièrement dans de petites tchaïkhonas ou chez l'habitant étaient meilleurs qu'à Djavchanguz. J'ai même eu droit à quelques morceaux d'aubergine dans le plat de pâtes aux patates chez Nisso et Guenia à Zumgud, et à de la pastèque à Langar. Mais en amont du corridor de Wakhan, dans les petits magasins des villages, le seul fruit ou légume encore disponible est l'oignon.

Dans une petite tchaïkhana à Bibi Fatima (+) Zafartcha : "Беракса"

Et puis j'ai pu compenser l'absence d'eau courante dans les hébergements par plusieurs bains dans des eaux de source tièdes ou chaudes, à Garm Chashma (littéralement "source chaude"), Avj et Bibi Fatima.

A Garm Chashma, l'eau chaude a laissé tout autour de sa source un gros dépôt de stalactites diversement colorées, c'est joli. Et touristique, mais ce ne sont quasiment que des touristes tadjiks, d'où le tarif dérisoire de l'hôtel où j'ai pris une chambre et mon repas. Garm Chashma. Concrétions autour de la source chaude. Pour les bains dans le bassin chaud en plein air, juste sous la source, il y a alternance hommes/femmes toutes les heures. Garm Chashma. La piscine chaude en plein air.

A Avj, je n'aurais même pas vu les bains si l'institutrice du village précédent (Barshor) ne m'avait pas conseillé de faire ma pause de la mi-journée à l'auberge "Shodi". La pause s'est prolongée parce qu'Obida, la petite-fille du patron, après avoir vu ma tente en photo sur mon smartphone, voulait voir l'engin en grandeur nature dans le jardin. Obida était même d'accord pour me laisser sa chambre et dormir sous ma tente, mais l'averse en fin d'après-midi a rendu ce plan obsolète (à 5€ la chambre dans l'auberge, j'ai préféré replier la tente avant qu'elle soit trempée).

Obida et ma tente dans le jardin de l'oshkhona Shodi à Avj

Puis le grand-père m'a montré le bâtiment des bains juste en face. Je suis allée me prélasser dans l'eau tiède, pétillante et ferrugineuse. Ici, pas de bassin naturel, mais 2 petits bâtiments (un pour les hommes et un pour les femmes) avec vestiaire + petit bassin à l'intérieur.

Enfin à Bibi Fatima, comme à Avj, hommes et femmes peuvent faire trempette dans 2 petits bassins, dans 2 maisonnettes adjacentes. Ruines du fort de Yamchun. Vue du chemin de Bibi Fatima. Mais c'est à 8 km au-dessus de la route : j"y suis montée et redescendue à pied avec une des 8 filles de Khodesho, mon hôte à Tuggoz (rassurez-vous : son 9ème et dernier enfant est un garçon). Ces 16 km à pied m'ont plus fatigué les jambes que les 160 km à vélo des jours précédents...

samedi 1 août 2015

Le plus beau corridor cyclable du monde

Je suis arrivée à transférer patiemment quelques photos pendant ma journée de relâche à Murgab. Reprenons donc le fil : à partir de Khorog, j'ai continué à remonter la rivière Pyandj. Entrée du corridor de Wakhan. En face, l'Hindu Kush A Ishkashim, la rivière fait un coude et sa vallée s'élargit. On arrive dans le fameux "corridor de Wakhan", bordé au sud par l'Hindu Kush, une belle rangée de pics blancs à plus de 6000 m séparant l'Afghanistan du Pakistan. L'Afghanistan fait moins de 30 km de large à ce niveau : je suis passée à 29 km à vol d'oiseau du point culminant de l'Afghanistan, le Noshaq (7492m) situé sur la frontière afghano-pakistanaise. A Khorog, un photographe russe qui séjournait dans le même gîte que moi m'a dit qu'une cordée en avait tenté l'ascension cet été, sans succès (trop de neige).

Près de Namadgut (Wakhan). Bivouac bien humide...

(+) Saboor Tabish : "Badakhshan"

Hélas, à partir d'Ishkashim, le temps s'est gâté et je n'ai quasiment rien vu de l'Hindu Kush. Mais malgré cette météo inhabituellement pluvieuse, ce corridor a de l'allure et est assez varié.

Dunes près de Yamg (Wakhan)

Wakhan. Eclaircie entre Iniv et Shirgin

Et j'ai quand même eu une magnifique éclaircie (2 demi-journées de soleil en une semaine...), que j'ai savourée en compagnie de Julia, Susie, Michael et Matthieu. Entre Vrang et Shirgin. Enfin du soleil et un pic de l'Hindu Kush !

Près de Shirgin (Wakhan). Village cyclo avec vue sur l'Afghanistan.On a aussi savouré ensemble des platées de pâtes dans un sympathique homestay de Langar, où on s'est reposés à l'abri de la pluie avant d'attaquer le col de Khargush.

Arrivée dans le Pamir oriental

Bon, c'était bien la peine que je passe à la boutique Megafon de Murgab pour recharger ma carte SIM tadjik et faire activer l'option Megabyte Onlaïn. Arrivée sur Murgab Ça pédale dans la semoule dès que j'essaie de charger une photo. Y a pas de wifi à l'hôtel le plus cher et le plus occidentalisé du patelin (25 $ la chambre avec WC + douche à l'étage), et l'internet-café ne marche pas.

A moins que je trouve par miracle un accès wifi avec un débit correct quelque part, je pense que vous devrez attendre une collection de mises à jour différées quand je prendrai quelques jours de repos à Osh, où je devrais normalement arriver dans une douzaine jours.

Murgab, 2ème plus grande ville du Gorno Badakhshan Osh est la 2ème plus grande ville du Kyrgyzstan (ville centre 250 000 habitants, agglo 500 000), située à 900 m d'altitude dans la grande et fertile vallée de Fergana et à moitié peuplée d'Ouzbeks. Ça changera de Murgab, 2ème moins petite ville du Gorno Badakhshan tadjik (4000 habitants), située à presque 3700 m d'altitude sur un haut plateau semi-désertique, et peuplée à 70% de Kyrgyzs.

mardi 14 juillet 2015

Khorog city

Le chef-lieu du GBAO (Gorno Badakhshan avtonomaïa oblast) est une petite ville d'environ 30 000 habitants dépourvue de centre ancien, construite toute en longueur sur les berges de la rivière Gunt, tout près de là où elle se jette dans la rivière Pyandj. Khorog vue depuis le jardin botanique

Arrivée à Khorog. Pont transfrontalier ouvert (mais sous bonne garde)

(+) Novobar Shams : "Az ghami tu"

Il y a juste le petit aéroport qui est sur un replat le long du (ou de la?) Pyandj : seulement un vol presque quotidien de/vers Dushanbe avec un rustique Antonov 30 places à hélices qui vole à vue entre les montagnes, quand la météo est bonne. Bazar de Khorog. Pas de voie ferrée, mais des containers ferroviaires recyclés en échopes...

Le bazar de KhorogTous les voyageurs traversant le Pamir passent à Khorog, et généralement y font une pause. Les cyclistes qui vont vers l'Est remplissent leurs sacoches de ravitaillement : pâtes ou autres céréales pas trop longues à cuire, fruits secs, bouillon en poudre, lait concentré ou miel, carottes, biscuits... Pas de saucissons, on ne trouve que des saucisses roses à peau synthétique, purs produits de l'industrie agro-alimentaire ; côté fromages, le choix semble réduit à des parallélépipèdes de fromage industriel, ou de petites billes de kurut, du fromage séché très pratique à conserver et transporter, très dur et salé.

A Khorog, les principales attractions sont le bazar, le jardin botanique, un parc avec un grand bassin où les jeunes se baignent (NB : il y a même des filles en maillot de bain, alors qu'on est si proches de la frontière afghane...), et un bon restaurant indien où les cyclo-voyageurs s'empressent de faire un bon repas pour compenser le "régime Pamir". Mini-lac dans le parc de Khorog

Les 2 touristes roumains avec qui je logeais m'ont dit qu' il y a ici fin juillet un festival folklorique pamiri. Lalmo, la maîtresse de maison de notre homestay, a vérifié les dates pour nous : le festival a été avancé de 2 jours pour arranger l'agenda du Président tadjik, qui a sa binette partout mais pour qui les Pamiris ont une estime très modérée. Pamiries en tenue traditionnelle de fête Si j'avance "assez vite" dans le tronçon quasi-désertique du col de Khargush (si je le passe, ce sera mon premier 4000 à vélo), peut-être je pourrai revenir y faire un petit saut en marshrutka, en laissant mon vélo dans un gîte à Alichur. Mais c'est pas gagné...

Khorog.Fast food local.En attendant, je me suis offert un dernier jour de repos + restau indien à Khorog. Ensuite, suite et fin de la remontée de la rivière Pyandj par le côté tadjik du corridor de Wakhan, et col de Khargush pour arriver sur les hauts-plateaux du Pamir. Je n'aurai probablement pas d'accès internet correct pendant quelques temps.

Marx, Engels, Sorban et Valer

Je voulais passer quelques jours dans une vallée hors des axes de transit (bien que la circulation sur la route M41 ne soit pas très dense) et jeter un coup dœil aux pics Karl Marx (6723m) et Friedrich Engels (6507m). De droite à gauche : Karl Marx et Friedrich Engels, la tête dans les nuages

Badakhshan ensemble : "Сабзак", album Pamir mountains

Pour ne pas trop me fatiguer avant les cols à + de 4000m qui sont sur ma route prochainement, et pour éviter de faire 2 fois le même tronçon à vélo, j'ai pris un taxi sur les 70 premiers kilomètres de la vallée de Shoqdara.

Vallée de Shoqdara entre Nimos et Zarbut Restait 60 km de montée jusqu'au petit village de Djavchanguz (environ 3300m). Les vallées du Pamir sont longues, et souvent encaissées au début. La piste suit de près les accidents du relief, donc on a pas mal de petites remontées dans la descente (je me demande même s'il n'y en a pas plus que de petites descentes dans la montée).

Vallée de Shoqdara en aval de Djavchanguz. Au fond, Marx & Engels J'ai subi en route une nouvelle attaque d'affreuses petites mouches qui piquent, elles se massent près des points d'eau. Mais je suis arrivée tout doucement dans le haut de la vallée, moins encaissé, et avec vue sur les 2 pics voisins Marx et Engels.

Shoqdara, plateau de Djavchanguz, pic Karl Marx

En arrivant à Djavchanguz, j'ai vu un panneau "homestay" mais pas de gîte correspondant à proximité immédiate. Quand j'ai demandé à la première maison suivante où était la mehmonkhona, Sorban m'a répondu "mais pourquoi, pas besoin, ici est notre maison". Le grand-père et la fille de Sorban, à Djavchanguz J'ai donc été hébergée dans une petite ferme d'altitude (pas de jardins, seulement des alpages), j'ai mangé des pâtes aux patates et au beurre, j'ai eu la pièce principale comme chambre pendant que la famille dormait à la cuisine, et le lendemain matin, thé au lait et pain maison.

Nila dans la pièce principale de sa maison traditionnelleLe lendemain soir au retour, dans le hameau de Vezdara, nettement plus bas dans la vallée, scénario similaire. Ne voyant pas à quelle maison pouvait mener le petit panneau bleu "homestay", je questionne un piéton de passage, et Valer m'invite chez lui. Par rapport à la veille, c'était du luxe : sa femme Nila m'a préparé une bassine d'eau tiède pour que je me décrasse, on a mangé un bon plat de riz aux carottes du jardin, j'ai aussi eu la pièce principale comme chambre, et le shir tchoy (thé au lait salé) + pain maison au petit déj était délicieux.

Petit déj' avec Valer : shir tchoy et pain maisonEt puis Valer parlait nettement mieux russe que Sorban, c'etait plus intéressant. Il me semble que les jeunes Pamiris connaissent souvent un petit peu d'anglais et de russe, mais à un niveau vraiment débutant, alors que ceux qui ont été scolarisés pendant l'ère soviétique parlent souvent russe beaucoup mieux que moi (bien qu'ils ne semblent pas très à cheval sur les déclinaisons...)

A noter : on peut facilement être hébergé chez l'habitant, mais pas forcément gratuitement. Les Pamiris sont hospitaliers, mais surtout en altitude où il n'est plus possible de compter sur les produits du jardin, ils vivent dans un tel dénuement qu'ils demandent parfois aux touristes de régler l'équivalent d'une nuit ou d'une demi-pension en gîte ou hôtel (une dizaine d'€).

dimanche 12 juillet 2015

La fine équipe de Bardjangal et autres Pamiris

Le parc municipal de Khorog est un endroit agréable Zafartcha : "Хоҷа бигу ки ман"

Après une petite excursion de 4 jours dans la vallée de Shoqdara, je retrouve Khorog et mon gîte "Homestay Lalmo" avec wifi et douche + WC propres, ça fait du bien (je ne m'étendrai pas sur ce sujet, mais au Tadjikistan, il y a rarement l'eau courante dans les maisons des villages, et les chiottes sont souvent immondes). Voici en vrac quelques photos de brèves rencontres le long de la route.

Veuillez prendre place à bord du camion !

Alors que j'essayais de photographier un peu discrètement, de pas trop près et en zoomant, l'embarquement des passagers de 3 camions, ils m'ont fait signe d'approcher et se sont rangės pour être tous sur la photo. L'idée d'avoir leur binette sur internet avait l'air de les amuser. Je ne pourrais pas vous citer leurs noms, je sais juste que ces ouvriers allaient au boulot sur un chantier à Bardjangal, entre Roshtqala et Khorog.

Les ouvriers du chantier de Bardjangal

Station de marshrutkas à Khorog J'ai vu parfois des passagers transportés en camion, mais le plus courant, ce sont les marshtutkas, des taxis collectifs qui sont, selon le trajet, soit de petits minibus soit de gros 4x4. Point commun : on peut y caser 10 à 20% de passagers tadjiks de plus qu'il n'y a de places assises normales.

D'autres Pamiris m'ont parfois demandé à être photographiés, en général des gamins. Ceux-ci vendaient les abricots et les cerises de leur verger au bord de la route entre Qala i Khum et Khorog (fruits appétissants, mais c'était pendant une phase "tourista" alors je n'en ai pas pris). Madina m'a ensuite demandé de lui envoyer la photo, en 5 exemplaires bien sûr. Madina et compagnie vendent les fruits du verger

Plus loin sur la route, j'ai réussi à semer mon porte-monnaie devant une petite boutique où on venait d'acheter de l'eau minérale. Eh bien, Sagvard (en robe rose au centre), la fille de la commerçante, nous a couru après en auto-stop, avec sa sœur et une amie, pour me rapporter l'objet, et me l'a remis en mains propres avant même que je me sois aperçue de ma gaffe. Sagvard, sa soeur et une amie Sagvard, avec qui on avait un peu discuté dans la boutique, est étudiante en langues à Dushanbe et veut devenir interprète. Elle parle 4 langues : tadjik bien sûr, russe, anglais, et sa langue maternelle qui est un des 6 dialectes du Pamir (les 6 vallées ont chacune leur dialecte). Plusieurs Pamiris à qui j'ai posé la question m'ont dit que ces langues sont suffisamment différentes du tadjik pour qu'un Tadjik non pamiri ne les comprenne pas ; deux troufions de Khudjand et Dushanbe qui faisaient leur service militaire dans le Pamir m'ont confirmé la chose. Inversement, tous les Pamiris comprennent le tadjik car c'est la langue qu'ils pratiquent obligatoirement à l'école.

Vallée de Shoqdara. Pause-thé Enfin, j'ai aussi bu un thé au bord de la route avec une babouchka qui accompagnait son mari. Elle était accroupie sur le talus avec un thermos de thé, et surveillait sa vache pendant que son mari commençait, à la main et à la pioche, à construire la maison d'un de ses 3 fils dans le terrain en contre-bas de la sienne. Ou peut-être surveillait-elle son mari pendant que sa vache broutait, attachée à un pieu. Cette petite pause m'a donné l'occasion de m'entraîner à la position accroupie si courante en Asie quand il n'y a pas de tapis pour s'assoir en tailleur. C'est pratique mais au bout d'une tasse de thé, j'avais des fourmis dans les pieds...

mercredi 8 juillet 2015

L'autre Badakhshan

Zoom sur la rive afghane en sortie de Qala i Khum La "route" M41 remonte la rivière Pyandj sur plus de 500 km, dont ce tronçon de 240 km entre Qala i Khum (point d'entrée dans le GBAO) et Khorog (chef-lieu du GBAO). Pendant ce trajet, les touristes qui vont dans le Pamir ont souvent le regard scotché sur la rive d'en face : c'est le Badakhshan afghan.

Farhad Darya : "Salaam Afghanistan"

Bien qu'il soit majoritairement peuplé de Badakhshanis parlant la même langue que ceux du Badakhshan tadjik (GBAO), c'est un autre monde.

En zoomant (pas possible avec le smartphone, vous attendrez les autres photos...), on peut y voir des hommes en longue tunique, pantalon assorti et gilet sans manche, et des femmes nettement plus couvertes que sur la rive tadjike, souvent en rouge plus ou moins sombre. Vue plongeante sur un village afghan Les maisons sont construites avec les matériaux locaux, les travaux agricoles se font sans machines. Les lignes électriques n'atteignent pas tous les villages. Quasiment aucun trafic motorisé autres que des motocyclettes portant 1 ou 2 passagers en plus du conducteur. Les gens marchent du village aux champs ou aux alpages, ou entre villages. Mais ils peuvent voir les camions chinois défiler sur la route tadjike juste en face.

En face de la M41, la piste afghane se réduit à un chemin. La piste afghane est parfois réduite à un étroit chemin taillé dans des parois rocheuses. Dans un des hameaux tadjiks où nous avons fait halte, Nauruz, un lycéen qui parle bien anglais et rêve de pouvoir un jour étudier à Moscou où son frère aîné travaille, nous a confirmé qu'une partie des villages afghans sont isolés pendant plus de 6 mois par an à cause des avalanches. Vergers et champs cultivés d'u village afghan typique Pendant les mois d'été où le chemin est praticable, les enfants peuvent aller à l'école. Cette période correspondant à peu près à celles des vacances scolaires au Tadjikistan, leurs instituteurs sont souvent des enseignants tadjiks qui traversent en canot (il n'y a que 4 ponts sur la rivière Pyandj en 400 km). Seulement 3 ponts en 300 km, avec garde militaire sur chaque rive... Enfin, il paraît que la rareté des ponts et les patrouilles de garde-frontière n'empêchent pas les trafiquants d'acheminer l'héroïne d'Afghanistan vers la Russie et le reste de l'Europe, à travers la rivière Pyandj puis via le Tadjikistan. C'est d'ailleurs une source de revenus non négligeable pour une partie des Tadjiks, et probablement ce qui explique la présence dans des hameaux reculés de quelques 4x4 rutilants de marque allemande ou japonaise...

- page 2 de 11 -